[Note 345: ][ (retour) ] Akhbar Madjouma.
Les chrétiens, s'étant ralliés auprès d'Ejiça, y essuyèrent une nouvelle défaite. Ce double succès mit fin à l'empire des Goths et ouvrit l'Espagne aux Musulmans.
Tarik, sans tenir compte des ordres de Mouça qui lui avait fait dire de l'attendre, continua sa marche victorieuse sur Tolède, alors capitale de l'Espagne, tandis que trois corps détachés allaient prendre possession de Grenade, de Malaga et d'Elvira. S'étant rendu maître de Tolède, il y réunit toutes ses prises, qui étaient considérables, pour les remettre au gouverneur de l'Afrique. Lorsqu'une ville était enlevée, les Musulmans armaient les Juifs s'y trouvant et les chargeaient de la défendre; puis ils continuaient leur route [346].
Mouça avait appris avec une vive jalousie les succès de son lieutenant, et il s'était décidé aussitôt, malgré son grand âge, à se rendre en Espagne. C'était un homme de très basse extraction, dominé par la soif de l'or, et cette passion n'avait pas été sans lui attirer de graves affaires. Ayant réuni une armée de quinze à dix-huit mille guerriers, tant arabes que berbères, il partit pour l'Espagne, en laissant l'Ifrikiya sous le commandement de son fils Abd-Allah et débarqua à Algésiras pendant le mois de ramadan 93 (juin-juillet 712). Au lieu de traverser les pays conquis par Tarik, Mouça voulut suivre une nouvelle voie et conquérir aussi des lauriers; des chrétiens lui servirent, dit-on, de guides. Carmona et Séville tombèrent en son pouvoir, mais il fut arrêté par Mérida [347], ville somptueuse qui contenait un nombre considérable d'habitants, et dont il dut entreprendre un siège régulier. Ce ne fut qu'en juin 713 qu'il parvint à se rendre maître de Mérida, après une résistance héroïque des assiégés.
[Note 346: ][ (retour) ] Ibid., p. 55.
[Note 347: ][ (retour) ] L'antique Emerita-Augusta.
Sur ces entrefaites, Mouça, s'étant rendu à Tolède, se rencontra auprès de cette ville avec Tarik. Il avait conçu contre celui-ci une violente jalousie qui s'était transformée en haine ardente; aussi, bien que son lieutenant se présentât avec l'attitude la plus respectueuse, il l'accabla d'injures et de reproches et, dans sa violence, alla jusqu'à le frapper au visage; puis il le fit jeter dans les fers et aurait ordonné sa mort, si des officiers ne s'étaient interposés. Cette conduite souleva contre lui une véritable réprobation, dont l'expression fut portée au khalife [348].
[Note 348: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 216, 348. En-Nouéïri, p. 345. El-Kaïrouani, p. 57 et suiv. El-Marrakchi (Hist. des Almohades, édit. arabe de Dozy, Leyde, 1847, p. 6 et suiv.).
Destitution de Mouça.--Tandis que les Berbères, conduits par les Arabes, conquéraient l'Espagne au khalifat, les armées musulmanes s'emparaient de Samarkand, et s'avançaient victorieuses vers l'est, à travers l'Inde, jusqu'à l'Himalaya. L'histoire n'offre peut-être pas d'autre exemple de succès aussi grands dans un règne aussi court que celui d'El-Oualid. Mais ce prince n'entendait pas partager sa puissance avec ses généraux, et il trouvait que les contrées sur lesquelles s'étendait l'autorité de Mouça étaient bien grandes. Aussi, saisit-il avec empressement l'occasion fournie par l'odieuse conduite de son lieutenant, pour lui intimer l'ordre de se présenter devant lui.
Mouça, qui venait de s'avancer en vainqueur jusqu'aux Pyrénées, ne voulut pas croire qu'on le rappelait et il fallut qu'un nouvel émissaire vint prendre par la bride sa monture, pour le décider à s'arrêter. Le gouverneur, laissant, en Espagne, le commandement à son fils Abd-el-Aziz, rentra à Kaïrouan pour se préparer au départ. Son troisième fils, Abd-el-Malek, fut placé à Ceuta, afin de commander le détroit. En 715, Mouça partit pour l'Orient, emportant un butin considérable, enlevé aux palais et aux églises de la péninsule. A sa suite marchaient enchaînées trente mille esclaves chrétiennes [349]. Ces riches présents ne purent désarmer la colère du khalife qui l'accabla de reproches et le frappa d'une forte amende. Peu de jours après, El-Oualid cessait de vivre et était remplacé par son frère Soléïman. C'était la chute des kaïsites; mais Mouça, bien que kelbite, n'en profita pas et resta dans l'ombre jusqu'à sa mort.