[Note 349: ][ (retour) ] Il est inutile de faire ressortir l'exagération de ce chiffre.

Situation de l'Afrique et de l'Espagne.--Cependant, en Afrique, les Berbères continuaient à se jeter en foule sur l'Espagne. La vue des prises rapportées par Mouça avait enflammé leur cupidité et redoublé l'ardeur des néophytes. Aussitôt qu'un groupe était prêt, on l'envoyait à la guerre sainte, et ce courant ininterrompu permettait de se porter en avant, car les premiers arrivés s'étaient établis dans le territoire conquis. Les Arabes, profitant de la conquête faite par les Berbères, avaient commencé par garder pour eux la fertile Andalousie. Quant aux Africains, on les avait relégués dans les plaines arides de la Manche et de l'Estramadure, dans les âpres montagnes de Léon, de Galice, d'Asturie, où il fallait escarmoucher sans cesse contre les chrétiens mal domptés [350]. Les Musulmans, poussés par derrière par les arrivées incessantes, n'allaient pas tarder à franchir les Pyrénées. Des chefs arabes les conduisaient au pillage de la chrétienté.

Mouça avait partagé entre ses guerriers les terres et le butin conquis par les armes, en réservant toutefois le cinquième pour le prince. Les terres ainsi réservées formèrent le domaine public et furent cultivées par des indigènes, chrétiens ou convertis, qui reçurent comme salaire le cinquième des récoltes, en raison de quoi ils furent appelés khemmas. Dans les localités où les populations s'étaient soumises en vertu de traités, les chrétiens conservèrent leurs terres et leurs arbres, à charge de payer un impôt foncier. Du reste, un grand nombre de chrétiens embrassèrent l'islamisme, soit pour conserver leurs biens, soit pour échapper aux mauvais traitements. Selon une chronique latine, ces apostats répondaient aux reproches de leurs prêtres: «Si le catholicisme était la vraie religion, pourquoi Dieu aurait-il livré notre pays, qui pourtant était chrétien, aux sectateurs d'un faux prophète? Pourquoi les miracles que vous nous racontez ne se sont-ils pas renouvelés, alors qu'ils auraient pu sauver notre patrie?» [351].

[Note 350: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. I, p. 255.

[Note 351: ][ (retour) ] Dozy, Recherches sur l'hist. de l'Espagne, t. I, p. 19 et passim.

Abd-el-Aziz, en Espagne, avait continué à étendre les conquêtes des Musulmans. Séduit par les charmes de la belle Egilone, veuve de Roderik, il l'avait épousée, bien qu'elle fût chrétienne. Il vivait en roi à Séville, nouvelle capitale du pays, et traitait les populations chrétiennes avec une grande douceur. Cette bienveillance La loi musulmane dispose que tous les biens mobiliers ou immobiliers conquis les armes à la main appartiennent aux vainqueurs, déduction faite du cinquième revenant au prince. Les terres appartiennent au prince seul, lorsqu'elles sont acquises par traité ou échange. Les Infidèles peuvent acheter la faveur de continuer à les exploiter, en payant la Djazia (tribut). Ceux qui occupent les terres conquises sont frappés d'un cens déterminé, appelé Kharadj. L'infidèle se débarrasse de ces charges en devenant musulman. Le cinquième prélevé sur les dépouilles doit être employé par le prince en dépenses d'intérêt général.

Voir Institutions du droit musulman relatives à la guerre sainte, par Reland, trad. Solvet (Alger, 1838), et Koran, sour. 8, v. 42.

irritait, le fanatisme des Musulmans, qui l'attribuaient à l'influence d'Egilone, et les ennemis du gouverneur répétaient qu'il était sur le point d'abandonner l'islamisme et de se déclarer roi indépendant.

Gouvernement de Mohammed-ben-Yezid.--Cependant le khalife Soléïman, après avoir cherché un homme digne de sa confiance, nomma comme gouverneur de l'Ifrikiya Mohammed-ben-Yezid, et le chargea de réclamer aux fils de Mouça des sommes considérables, sous le prétexte que leur père ne s'était pas acquitté des amendes à lui imposées. Dès son arrivée en Afrique, le nouveau gouverneur fit arrêter Abd-Allah et Abd-el-Malek et les tint dans une étroite captivité; El-Kairouani prétend même qu'ils furent mis à mort.

Ces procédés n'étaient pas faits pour rattacher Abd-el-Aziz au khalife. On dit qu'il rompit entièrement avec lui. Ne pouvant songer à l'attaquer ouvertement, Soléïman écrivit secrètement à El-Habib-ben-Abou-Obéïda, petit-fils du grand Okba, qui se trouvait en Espagne, et le chargea de le débarrasser de ce compétiteur par l'assassinat. Une conspiration s'ourdit autour d'Abd-el-Aziz et les conjurés le mirent à mort en pleine mosquée, pendant qu'il prononçait la prière du vendredi. Sa tête fut envoyée au khalife [352] (août-septembre 715). Le commandement de l'Espagne resta quelque temps entre les mains d'un neveu de Mouça-ben-Nocéïr, nommé Ayoub; peu après, Mohammed-ben-Yezid, qui avait pris en mains l'administration de toutes les conquêtes de l'ouest, envoya comme lieutenant dans la péninsule, El-Horr-ben-Abd-er-Rahman.

[Note 352: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 379.

Gouvernement d'Ismaïl-ben-Abd-Allah.--En octobre 717, le khalife Soléïman, étant mort, fut remplacé par Omar II. Peu après, Mohammed-ben-Yezid était rappelé et Ismaïl-ben-Abd-Allah, petit fils d'Abou-el-Mehadjer, venait prendre le commandement du Mag'reb. Il arriva avec l'ordre d'appliquer tous ses soins à achever la conversion des Berbères. Il paraît même que le khalife adressa aux indigènes du Mag'reb un manifeste qui fut répandu dans toute la contrée et qui eut pour conséquence d'entraîner un grand nombre de conversions [353]. Des missionnaires envoyés dans les régions reculées furent chargés d'éclairer les néophytes sur la pratique et les obligations de leur nouveau culte, car ils étaient fort ignorants sur ces matières; on obtint des résultats réels.