[Note 353: ][ (retour) ] Fotouh-El-Boldane, cité par Fournel, Berbers, p. 270.
Jusqu'alors un certain nombre de Grecs et d'indigènes chrétiens avaient pu, ainsi que nous l'avons dit, continuer à résider dans leurs territoires et à pratiquer leur culte, en payant la capitation. Mais, soit que les ordres du khalife n'aient plus autorisé cette tolérance, soit que les prêtres jacobites d'Alexandrie aient entretenu des intrigues parmi ces populations, en les poussant à la révolte, ainsi que l'affirme El-Kaïrouani [354], les privilèges accordés aux chrétiens leur furent retirés, et ils durent se convertir ou émigrer.
[Note 354: ][ (retour) ] P. 63.
Ces mesures de coercition commencèrent à amener de la fermentation chez les Berbères qui étaient travaillés depuis quelque temps par des réfugiés kharedjites.
En Espagne, où Es-Samah avait remplacé El-Horr, les Musulmans avaient achevé la conquête des pays et commençaient à se lancer dans les défilés des Pyrénées.
Gouvernement de Yezid-ben-Abou-Moslem. Il est assassiné.--Le règne d'Omar II ne fut pas plus long que celui de son prédécesseur. En février 720, ce prince mourait et Yezid II lui succédait. Avec ce khalife, le parti kaïsite revenait au pouvoir. Yezid-ben-Abou-Moslem, affranchi d'El-Hadjadj, fut retiré de la prison où il avait été détenu pendant les règnes précédents, et nommé au gouvernement du Mag'reb. Ce chef, qui, étant vizir de Syrie, avait traité avec une grande rigueur les populations de cette contrée, pensa qu'il pourrait agir de même à l'égard des Berbères. Il commença à mettre en pratique tout un système de vexations contre eux et voulut leur imposer, en outre des autres charges, la capitation. Les indigènes protestèrent, déclarant qu'ils étaient Musulmans et, par conséquent, affranchis de cette charge; mais leur doléances furent brutalement repoussées. Le gouverneur s'était entouré d'une garde berbère et il comptait s'assurer, par des faveurs, sa fidélité. Ayant voulu imposer à ses soldats l'obligation de porter des inscriptions tatouées sur les mains [355], selon l'usage des Grecs, les gardes, irrités de ce qu'ils considéraient comme une humiliation, assassinèrent le gouverneur pendant qu'il faisait la prière du soir, dans la mosquée. Les Berbères écrivirent alors au khalife pour protester de leur dévouement et demander qu'on leur rendît leur ancien gouverneur Mohammed-ben-Yezid. Peut-être celui exerça-t-il, durant quelques jours, le pouvoir.
[Note 355: ][ (retour) ] Sur la main droite le nom de l'individu; sur la gauche le mot «garde» (Berbers, p. 272).
Pendant ce temps, les Musulmans d'Espagne, sous la conduite de leur gouverneur Es-Samah [356], avaient fait une expédition dans les Gaules. Parvenus sous les murs de Toulouse, ils se heurtèrent contre Eude, duc d'Aquitaine, et essuyèrent une défaite dans laquelle presque tous les guerriers restèrent sur le champ de bataille. Abd-er-Rahman-ben-Abd-Allah ramena en Espagne les restes de l'armée (721). Dans la Galice, un noyau de résistance nationale s'était formé, à la voix de Pélage, qui avait été proclamé roi par ses compatriotes.
[Note 356: ][ (retour) ] Ce chef avait dû être nommé en Espagne, ainsi que nous l'avons dit, en remplacement d'El-Horr; cependant En-Nouéïri attribue à celui-ci les faits que nous retraçons (p. 357).
Gouvernement de Bichr-ben-Safouane.--Sur ces entrefaites, le khalife ayant nommé au gouvernement de l'Afrique Bichr-ben-Safouane de la tribu de Kelb, ce général arriva à Kaïrouan et un de ses premiers actes fut d'envoyer en Espagne Anbaça le kelbite, avec mission de relever les armes musulmanes, et surtout d'augmenter le tribut fourni au khalifat par cette province (721). Pour obtenir ce résultat, le gouverneur ne trouva rien de mieux que de faire payer aux chrétiens un double impôt [357].