[Note 357: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. I, p. 227.
Après avoir apaisé les séditions qui s'étaient produites sur différents points de la Berbérie, Bichr alla en Orient présenter ses hommages et ses présents au nouveau khalife Hicham, qui avait remplacé son frère Yezid II, mort en 724. Confirmé dans ses fonctions, le gouverneur revint à Kaïrouan. Peu après, Anbaça étant mort, il nomma à sa place Yahïa-ben-Selama le kelbite. Cet officier s'attacha à faire restituer aux chrétiens les biens qui leur avaient été enlevés par son prédécesseur.
Eh 727, Bichr fit une expédition en Sicile et revint chargé de butin. Quelques mois après, le gouverneur cessait de vivre; avant de mourir, il avait désigné pour lui succéder un de ses compatriotes, espérant que le khalife ratifierait son choix; mais il n'en fut pas ainsi et le kelbite se disposa à résister, même par les armes, au nouveau chef.
Gouvernement de Obéïda-ben-Abd-er-Rahman.--Hicham, qui depuis le commencement de son règne avait favorisé les Yéménites, sembla, à partir de ce moment, faire pencher la balance pour leurs rivaux. Ce fut ainsi qu'il nomma au gouvernement de l'Afrique un kaïsite nommé Obeïda-ben-Abd-er-Rahman. Cet officier, prévenu des dispositions hostiles de la population de Kaïrouan, arriva à l'improviste devant cette ville, à la tête d'une troupe de gens de sa tribu, et s'en empara par surprise. «Il sévit contre les kelbites, avec une cruauté sans égale. Après les avoir fait jeter dans les cachots, il les mit à la torture et, afin de contenter la cupidité de son souverain, il leur extorqua des sommes énormes [358].»
L'influence des kelbites avait, jusqu'alors, régné à peu près sans conteste en Espagne. Obéïda envoya dans la péninsule plusieurs officiers qui ne purent parvenir à se faire accepter. Enfin, en 729, le kaïsite Haïtham-ben-Obéïd arriva en Espagne avec des forces suffisantes et se fit l'exécuteur de toutes les haines de sa tribu: quiconque avait un nom ou une fortune fut livré au supplice, et le pays gémit pendant près d'un an sous la tyrannie la plus affreuse. Enfin, les plaintes des opprimés parvinrent à la cour d'Orient, et, en présence de tels excès, le khalife n'hésita pas à destituer Haïtham. Abd-er-Rahman-ben-Abd-Allah, yéménite de race, fut nommé gouverneur à sa place. Quant à Haïtham, il fut accablé d'opprobres et renvoyé, chargé de fers, à Obéïda, qui se contenta de le tenir en prison, malgré les ordres du khalife. Les Kelbites attendaient sa mort comme réparation à eux légitimement due; voyant qu'il allait échapper à leur vengeance, ils adressèrent à Hicham une pièce de vers dans laquelle ils lui exposèrent éloquemment leurs doléances, en lui laissant entendre qu'un tel déni de justice aurait pour conséquence de les pousser à la révolte.
Le khalife tenait avant tout à conserver l'Espagne; il destitua Obéïda et lui envoya l'ordre d'avoir à se présenter devant lui [359].
[Note 358: ][ (retour) ] Dozy, Hist. des Musulmans d'Espagne, t. I, p. 220.
[Note 359: ][ (retour) ] Voir pour l'hist. des gouv. d'Esp. El Marrakchi (Ed. or. de Dozy, p. 6 à 11).
Incursions des Musulmans en Gaule. Bataille de Poitiers.--Le premier soin d'Abd-er-Rahman, nommé au commandement de l'Espagne, avait été de préparer une grande expédition contre les Gaules. Il tenait à venger les désastres de Toulouse, et il était attiré par la richesse de ces campagnes, qu'il avait parcourues avec Samah. Un certain Othman, officier berbère qui commandait la limite septentrionale, était entré en relations avec Eude et avait obtenu sa fille en mariage. Abd-er-Rahman, considérant ce fait comme une trahison, vint, en 731, attaquer Othman, le défit et envoya au khalife la tête du traître et sa femme. Le duc d'Aquitaine, occupé alors à repousser une invasion de Karl, duc des Franks, n'avait pu venir en aide à son gendre [360].
[Note 360: ][ (retour) ] Henri Martin, Histoire de France, t. II, p. 190 et suiv.