Défaite des Kharedjites par Ibn-Achath.--En 700, Mohammed-ben-Achath, gouverneur de l'Egypte, fit marcher contre les rebelles de l'Ifrikiya une armée commandée par le général Abou-l'Haouas; mais Abou-l'Khattab, chef des éïbadites, sortit à sa rencontre et lui infligea une défaite complète, au lieu dit Mikdas, au fond de la grande Syrte.

A la nouvelle de ce désastre, le khalife El-Mansour résolut d'en finir avec les rebelles d'Occident. Il nomma Ibn-Achath lui-même au gouvernement de l'Afrique et lui envoya une armée de quarante mille hommes [387] fournie par les colonies militaires de Syrie, et plusieurs officiers distingués, parmi lesquels El-Ar'beb-ben-Salem qui devait prendre le commandement dans le cas où la campagne serait fatale au gouverneur. En 761, l'armée partit pour le Mag'reb.

[Note 387: ][ (retour) ] 20.000, selon El-Adhari.

Abou-l'Khattab, au courant de ces préparatifs, avait appelé les Berbères aux armes, et un grand nombre de contingents houarides et zenètes étaient accourus sous ses étendards. Il vint alors prendre position à Sort, pour barrer le passage à l'ennemi, et y fut rejoint par Ibn-Rostem, lui amenant les guerriers de la Tunisie. Un immense rassemblement, que les auteurs arabes portent à deux cent mille hommes, se trouva ainsi formé. Ibn-Achath n'osa pas se mesurer contre de pareilles forces et se contenta de rester en observation, attendant une occasion favorable. La désunion, si fatale aux Berbères, vint alors à son secours. A la suite d'un crime commis sur un Zenète, la discorde éclata entre ses contribules et les Houara. Les Zenètes crièrent à la trahison et parlèrent de se retirer, et l'armée berbère désunie perdit la confiance en elle-même.

Ibn-Achath profita habilement de la situation: après avoir laissé croire qu'il allait attaquer les Berbères, il fit courir le bruit qu'il était rappelé en Orient, leva précipitamment son camp et se mit en retraite. A cette vue, un grand nombre de Berbères reprirent la route de leur pays, tandis que les autres suivaient l'armée arabe. Pendant trois jours, Ibn-Achath continua son mouvement de retraite, suivi à distance par les Kharedjites, dont le nombre diminuait constamment, et qui négligeaient les précautions usitées en guerre. Mais le quatrième jour, au matin, Ibn-Achath, qui était revenu sur ses pas pendant la nuit, à la tête de ses meilleurs guerriers, fondit sur le camp berbère plongé dans la sécurité. En vain Abou-l'Khattab essaya de rallier ses soldats, qui, surpris dans leur sommeil et n'ayant pas eu le temps de s'armer, fuyaient dans tous les sens. En un instant le camp fut pillé et l'armée mise en déroute. Les Arabes passèrent au fil de l'épée tous les Kharedjites qu'ils purent atteindre. Abou-l'Khattab et, dit-on, quarante mille Berbères restèrent sur le champ de bataille.

Ibn-Achath rétablit à Kaïrouan le siége du gouvernement.--Sans perdre un instant, Ibn-Achath se mit en marche sur Tripoli, tandis qu'il envoyait un de ses lieutenants poursuivre les Houara jusqu'au Fezzan. Les contingents zenètes s'étant ralliés et ayant voulu faire tête furent mis en déroute, et rien ne s'opposa plus à la marche des Arabes. Après s'être emparé de Tripoli sans coup férir, Ibn-Achath s'avança vers Kaïrouan. Abd-er-Rahman-ben-Rostem avait essayé d'y rentrer après la défaite des Kharedjites, mais la population de la ville l'ayant repoussé, il avait dû continuer sa roule vers l'ouest.

Ibn-Achath fut reçu à Kaïrouan comme un libérateur (fin janvier 762), Il compléta la pacification de l'Ifrikiya, extermina les Kharedjites et les força à la fuite ou à l'abjuration. Le général El-Ar'leb, envoyé par lui dans le Zab, fut chargé de faire rentrer les populations zenètes dans l'obéissance.

Le siège du gouvernement rétabli à Kaïrouan, l'autorité abbasside régna de nouveau sur l'Ifrikiya. Ibn-Achath s'appliqua à faire disparaître les traces des dévastations commises par les Kharedjites à Kaïrouan; il entoura la ville d'une muraille en terre épaisse de dix coudées [388] et compléta cette fortification d'un large fossé. Les habitants rentrèrent dans la capitale, qui brilla d'une nouvelle splendeur.

[Note 388: ][ (retour) ] El-Kaïrouani, p. 78. El-Bekri, p. 24 du texte arabe.

Fondation de la dynastie rostemide à Tiharet.--Cependant Abd-er-Rahman-ben-Rostem, ayant continué sa route vers l'ouest, atteignit Tiharet, où il fut rejoint par un grand nombre de kharedjites des tribus de Nefzaoua, Louata, Houara et Lemaïa. Il se fit reconnaître par eux comme chef, et avec leur aide jeta les fondements d'une nouvelle cité sur le versant du Djebel-Guezoul. Cette ville, qui fui nommée Tiharet la neuve, reçut sa famille et ses trésors et devint la capitale de sa dynastie et le centre du kharedjisme éïbadite (761). Ainsi un nouveau royaume berbère indépendant était formé dans le Mag'reb central [389].