Dans le Rif marocain, la ville de Nokeur avait été fondée quelques années auparavant par un chef arabe, Salah-ben-Mansour, qui en avait fait un centre religieux orthodoxe. Les tribus r'omariennes des environs, après avoir accepté sa foi, lui avaient constitué une population de sujets dévoués qui avaient conservé le culte orthodoxe, entre les hérétiques Berg'ouata et les kharedjites [390].
[Note 389: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 341 et suiv.
[Note 390: ][ (retour) ] Ibid., t. II, p. 137 et suiv.
Gouvernement d'El-Arleb-ben-Salem.--Ibn-Achath gouvernait depuis près de quatre ans l'Ifrikiya, appliqué à rétablir la bonne marche de l'administration et à faire disparaître les traces de la guerre, lorsqu'une révolte de sa propre milice, composée en majorité de modhèrites, tandis qu'il était yéménite, le força à descendre du pouvoir (mai 765). Un certain Aïssa-ben-Moussa, milicien khoraçanite, fut élu à sa place par les soldats; mais le khalife El-Mansour, tout en ratifiant la déposition d'Ibn-Achath, envoya le diplôme de gouverneur à El-Ar'leb-ben-Salem, qui était resté à Tobna, afin de garder la frontière méridionale contre les entreprises des tribus zenètes. Il lui traça des instructions fort sages, lui recommandant de ménager la milice, sa seule force au milieu des Berbères, et de combattre ceux-ci sans relâche. El-Ar'leb chassa du palais le gouverneur d'un jour et, s'étant emparé du pouvoir, donna tous ses soins à la mise en pratique des instructions du khalife; mais il avait à lutter contre une double difficulté: l'indiscipline de la milice, qui se sentait toute-puissante, et l'esprit de révolte des Berbères surexcité par le fanatisme religieux.
Nous avons vu précédemment que les Beni-Ifrene, sous l'impulsion de leur chef Abou-Korra, avaient fondé une sorte de royaume indépendant à Tlemcen. Les guerres civiles, qui depuis longtemps absorbaient les forces des Arabes, avaient favorisé le développement de la puissance des Beni-Ifrene. La présence d'El-Ar'leb dans le Zab avait contenu les Zenètes, mais, en 767, Abou-Korra leva l'étendard de la révolte et, après avoir forcé ses voisins à accepter la doctrine sofrite (kharedjite). il les entraîna vers l'est par les chemins des hauts plateaux à la conquête de l'Ifrikiya.
El-Arleb marcha contre lui, à la tête de ses meilleurs soldats, mais les Berbères ne l'attendirent pas et cherchèrent un refuge vers l'ouest. Le général arabe était parvenu dans le Zab et voulait poursuivre les rebelles jusqu'au fond du Mag'reb, lorsque ses troupes se mutinèrent et refusèrent péremptoirement de le suivre; puis elles rentrèrent en débandade à Kaïrouan, le laissant seul avec quelques officiers dévoués.
Dans l'est, la situation était grave: à peins le gouverneur avait-il quitté l'Ifrikiya, que le commandant de Tunis, El-Hassan-ben-Harb, s'était mis en état de révolte et avait chassé de Kaïrouan le représentant du gouverneur. El-Ar'leb, accouru en toute hâte, réunit à Gabès tous ses adhérents et se mit en marche sur Kaïrouan. On en vint aux mains non loin de la ville et la bataille se termina par la défaite et la fuite d'El-Hassan. Le gouverneur rentra ainsi en possession de sa capitale; mais bientôt son compétiteur, qui avait formé une nouvelle armée à Tunis, revint lui livrer bataille sous les murs mêmes de Kaïrouan. Après une lutte acharnée, dans laquelle El-Ar'leb trouva la mort, les rebelles furent complètement écrasés. El-Mokharek, qui avait pris le commandement après la mort du gouverneur, poursuivit les fuyards dans toutes les directions: peu après El-Hassan, qui avait d'abord trouvé un asile chez les Ketama, fut mis à mort (sept. 767) [391].
[Note 391: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 220. En-Nouéïri, p. 377 et suiv.
Gouvernement d'Omar-ben-Hafs, dit Hazarmed.--En mars 768, Omar-ben-Hafs, surnommé Hezarmed [392], désigné par le khalife comme gouverneur de l'Ifrikiya, arriva à Kaïrouan à la tête de cinq cents cavaliers et fut reçu par les notables de la ville, sortis à sa rencontre. Quelque temps après, il se rendit dans le Zab, afin d'y maintenir la tranquillité et de relever les murs de Tobna, selon les ordres du khalife. Cette position couvrait le sud contre les entreprises des Zenètes.
[Note 392: ][ (retour) ] Ce mot signifie mille hommes en persan.