Profitant de ses avantages, Abou-Abd-Allah se porta sur Tobna avec une partie de son armée et divisa le reste en deux corps, qu'il envoya opérer sur ses flancs. Tobna, puis Bellezma, tombèrent en son pouvoir. En même temps, un de ses généraux s'emparait de la place de Tidjist [482], et accordait à la garnison une capitulation honorable. En revanche, le général Haroun-et-Tobni, ayant poussé une pointe audacieuse sur les derrières des Chiaïtes, vint surprendre et brûler la place de Dar-Melloul, près de Tobna.
[Note 482: ][ (retour) ] L'antique Tigisis (ou Ticisis), à une douzaine de lieues au sud de Constantine.
En somme, la cause des Chiaïtes obtenait de constants avantages, et les populations, attirées autant par l'appât de la nouveauté, que par la clémence et la justice d'Abou-Abd-Allah, accouraient se ranger autour de lui. Le gouverneur ar'lebite voyait le danger approcher, mais ses prédécesseurs avaient négligé d'écraser l'ennemi quand il n'avait aucune force, et maintenant il était trop tard. Les rebelles tenaient déjà les principales places de l'ouest, et Ziadet-Allah pouvait s'attendre à les voir paraître d'un jour à l'autre et mettre le siège devant sa capitale. Dans cette prévision, il fit réparer les fortifications de Kaïrouan et des places environnantes; en même temps, il vidait le trésor public pour lever des troupes et les opposer à l'ennemi.
En 907, le gouverneur ar'lebite se porta, avec une armée, contre les Chiaïtes, qui opéraient sur les versants de l'Aourès. Mais, parvenu à El-Orbos, il ne jugea pas prudent de s'avancer davantage et rentra à Rokkada, laissant le général Ibrahim-ben-el-Ar'leb en observation avec un corps de troupes. Ziadet-Allah fit renforcer les fortifications de son château et, sans se préoccuper davantage du danger qui le menaçait, il se plongea de plus en plus dans la débauche.
Sur ces entrefaites, Abou-Abd-Allah s'empara successivement de Bar'aï et de Mermadjenna; puis il réduisit les tribus nefzaouiennes et s'avança jusqu'à Tifech [483], dont il reçut la soumission. Il rentra alors dans son centre d'opérations, afin de préparer une nouvelle campagne; mais aussitôt, le général Ibrahim, arrivant à sa suite, reprit une partie du territoire conquis, avec Tifech.
[Note 483: ][ (retour) ] L'antique Tipaza de l'est, près de Souk-Ahras.
Bientôt, le daï chiaïte reparut dans l'est; laissant derrière lui Constantine, qu'il n'osa attaquer, en raison de sa position inexpugnable, il vint enlever la Meskiana et Tebessa. Pénétrant ensuite en Tunisie, il réduisit la ville et le canton de Gammouda et s'avança sur Rokkada. Mais il avait trop présumé de ses forces. Bientôt, en effet, le général Ibrahim, accouru avec toutes ses troupes disponibles, lui livra bataille et le mit en déroute; les Chiaïtes s'enfuirent en désordre par tous les défilés. Abou-Abd-Allah, lui-même, ne s'arrêta qu'à Guédjal. Cette victoire des Ar'lebites eut pour résultat de faire rentrer momentanément sous leur domination la plupart des places conquises par les rebelles, y compris Bar'aï.
Mais l'échec des Chiaïtes, qui aurait pu avoir les suites les plus graves, si leurs adversaires avaient su profiter du succès en reprenant vigoureusement l'offensive, ne devait retarder que de bien peu de jours la chute définitive du trône ar'lebite. Sitôt, en effet, qu'Abou-Abd-Allah eut appris qu'Ibrahim, au lieu de le poursuivre, était rentré dans son poste d'observation à El-Orbos, il vint mettre le siège devant Constantine et s'empara de cette ville et du pays environnant; puis il alla reprendre Bar'aï, et après y avoir laissé un commandant, rentra dans son quartier de Guédjal. Ibrahim marcha alors sur Bar'aï, mais il se heurta à un corps de douze mille Chiaïtes qui le repoussa [484].
[Note 484: ][ (retour) ] En-Nouéïri, p. 440-441. Ibn-Khaldoun, t. II, p. 515 et suiv. El-Kaïrouani, p. 88. Ibn-Hammad, loc. cit.
Les Chiaïtes marchent sur la Tunisie.--Fuite de Ziadet-Allah III.--Cependant, Abou-Abd-Allah, comprenant que le moment décisif était arrivé, ne restait pas inactif à Guédjal. Il avait adressé un appel à tous ses adhérents ou alliés, et s'occupait de réunir une armée formidable. De tous côtés arrivaient les contingents: Zouaoua du Djerdjera, Sanhadja du Mag'reb-Central, Zenata du Zab, Nefzaoua de l'Aourès, venaient se joindre aux vieilles bandes ketamiennes.