[Note 498: ][ (retour) ] Ibn-Hammad, loc. cit.

Ils l'accusaient en outre d'avoir gardé pour lui seul les trésors de Guédjal. La plupart des chefs ketamiens, qui avaient toute confiance en Abou-Abd-Allah, prêtèrent l'oreille à ces discours et chargèrent leur grand cheikh de faire des remontrances à Obéïd-Allah lui-même.

Le danger était pressant pour le mehdi, puisque ses adhérents commençaient à s'apercevoir que celui qu'ils avaient soutenu comme un être surnaturel n'était qu'un homme comme eux. Obeïd-Allah comprit que sa seule porte de salut était l'énergie, qui impose toujours aux masses, et, pour toute réponse, il fit mettre à mort le grand cheikh des Ketama. Afin d'achever d'anéantir la conspiration, il envoya les principaux chefs occuper des commandements éloignés, de sorte qu'ils se trouvèrent dispersés et sans force, avant d'avoir eu le temps d'agir. Les plus compromis furent tués au loin et sans bruit par des émissaires dévoués. L'auteur de la conspiration restait à punir; le medhi, étouffant tout sentiment de reconnaissance, n'hésita pas à sacrifier à sa sécurité l'homme auquel il devait le pouvoir.

Dans le mois de janvier 911, Abou-Abd-Allah se promenait avec son frère Abou-l'Abbas, dans le jardin du palais, lorsque deux autres frères, Arouba et Hobacha, enfants de Youçof, sortirent des massifs et se précipitèrent sur eux. Abou-l'Abbas fut frappé le premier. En vain Abou-Abd-Allah essaya d'imposer son autorité aux deux chefs qui avaient été autrefois ses lieutenants: «Celui auquel tu nous a ordonné d'obéir nous commande de te tuer [499]», répondirent-ils, et Abou-Abd-Allah tomba percé de coups sur le cadavre de son frère.

Obéïd-Allah fit enterrer avec honneur les deux frères: il présida lui-même au lavage de leurs corps; puis, après la récitation des prières, il dit à haute voix en s'adressant au cadavre d'Abou-Abd-Allah: «Que Dieu te pardonne et qu'il te récompense dans l'autre vie, car tu as travaillé pour moi avec un grand zèle!»--Se tournant ensuite vers Abou-l'Abbas: Quant à toi,--dit-il,--qu'il ne t'accorde aucune pitié, car tu es cause des égarements de ton frère; c'est toi qui l'as conduit aux abreuvoirs du trépas!»

Les deux victimes furent enterrées au lieu même où elles étaient tombées sous le poignard des assassins [500]. Quant à ceux-ci, l'un d'eux, Hobacha, fut nommé gouverneur de Barka et de la région de l'est; l'autre, Arouba, reçut le commandement de Bar'aï et de la frontière sud-ouest. Des troubles partiels chez les Ketama suivirent ces exécutions, mais ils furent promptement étouffés dans le sang de leurs promoteurs. Grâce à ces mesures énergiques, le pouvoir d'Obéïd-Allah, loin de ressentir aucune atteinte, se renforça de tout l'effet produit par l'écrasement de ceux qui avaient voulu le renverser.

[Note 499: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 522.

[Note 500: ][ (retour) ] Ibn-Hammad, loc. cit.

Événements de Sicile.--Pendant le cours des luttes qui avaient amené la chute de la dynastie ar'lebite, l'anarchie, ainsi qu'on peut le prévoir, avait divisé les Musulmans de Sicile. Les chrétiens en profitèrent pour se fortifier au Val-Demone. Un certain nombre d'Arabes nobles, émigrés d'Afrique, relevèrent un peu la situation de la colonie, et cherchèrent à proclamer l'indépendance de la Sicile, au nom des Ar'lebites. Mais, aussitôt que le mehdi eût assuré son pouvoir, il envoya dans l'île un de ses principaux officiers, le ketamien Hassan-ben-Koléïb, surnommé Ben-bou-Khanzir.

Débarqué en 910, le nouveau gouverneur fit proclamer partout le nom du mehdi, et imposa aux Cadis l'obligation d'abandonner le rite sonnite, pour rendre la justice selon la doctrine fatemide. Puis, il fit une heureuse expédition au Yal-Demone et répandit partout la terreur de son nom. Mais bientôt son extrême cruauté indisposa contre lui ses plus fidèles adhérents, qui l'arrêtèrent par surprise et l'expédièrent au mehdi. Il fut remplacé par Ali-ben-Omar-el-Beloui (912) [501].