Dans l'ouest, Mohammed-ben-Khazer avait entraîné ses Zenètes à l'attaque de Tiharet, s'était emparé de cette ville et avait contraint le gouverneur, Douas, à chercher un refuge dans le vieux Tiharet. Une armée nombreuse, envoyée par le mehdi, délogea les Zenètes de leur nouvelle conquête, les poursuivit et en fit un grand carnage. Il est probable que Messala-ben-Habbous, chef des Miknaça, qui, nous l'avons vu, avait déjà contracté alliance avec les Obéïdites, les aida à écraser les Zenètes, car Messala reçut, comme récompense, le commandement de Tiharet et la mission de protéger la frontière occidentale.

Les Ketama avaient été douloureusement frappés par la mise à mort d'Abou-Abd-Allah; de son côté, le mehdi, craignant les effets de leur rancune, leur avait retiré sa confiance. Les habitants de Kaïrouan détestaient ces sauvages étrangers, dont l'insolence était sans bornes.

La situation devenait critique pour eux. Dans le mois d'avril 912, la population de Kaïrouan, saisissant un prétexte, se jeta sur eux et en fit un véritable massacre. Plus de mille cadavres de Ketama jonchèrent, paraît-il, les rues et l'on s'empressa de les faire disparaître en les jetant dans les égoûts.

En apprenant la façon dont leurs contribules étaient traités en Ifrikiya, les Ketama se mirent en révolte ouverte, placèrent à leur tête un des leurs, auquel ils donnèrent le titre de mehdi, et envahirent le Zab. La situation était grave. Obéïd-Allah fit marcher contre les rebelles son fils Abou-l'Kassem, avec les meilleures troupes; mais il fallut une campagne de près d'un an pour les réduire. Le faux mehdi, ayant été pris, fut ramené à Kaïrouan et exécuté à Rokkada, après avoir été promené, revêtu d'un accoutrement ridicule, sur un chameau [504].

Pendant que le Mag'reb était le théâtre de la révolte ketàmienne, les gens de Tripoli, imitant ceux de Kaïrouan, massacraient les Ketama, chassaient leur gouverneur et se déclaraient indépendants. Le mehdi envoya d'abord sa flotte qui réussit à surprendre, dans le port de Tripoli, les navires des révoltés et les détruisit. On investit ensuite la ville par terre, et, après quelques mois de blocus, les Tripolitains, qui avaient souffert les horreurs de la famine, se décidèrent à se rendre à Abou-l'Kassem. Selon Ibn-Khaldoun, les habitants furent massacrés et la ville livrée au pillage; une forte contribution de guerre fut frappée sur les survivants [505].

[Note 504: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 523-524. Arib, in Nicholson, apud Fournel, Berbers, t. II, p. 111.

[Note 505: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 524.

Fondation d'El-Mehdia par Obeid-Allah.--C'est probablement vers cette époque qu'Obeïd-Allah, après avoir visité le littoral, depuis Tunis et Karthage jusqu'à la petite Syrte, arrêta son choix sur une petite presqu'île, située à soixante milles de Kaïrouan, et nommée par les indigènes El-Hamma, ou Djeziret-el-Far. Une mince langue de terre la reliait au rivage, du côté de l'ouest. Les ruines de l'antique Africa couvraient cet emplacement, que le mehdi choisit pour y construire sa capitale.

La presqu'île avait, disent les auteurs arabes, «la forme d'une main avec son poignet.» De solides fortifications établies sur l'isthme ne laissaient qu'une seule entrée, qu'on ferma au moyen d'une porte de fer. Dans ce vaste enclos, Obeïd-Allah fit construire des palais pour lui et des logements pour ses soldats. Des citernes et des silos y furent creusés, et des travaux exécutés afin de rendre plus sûr le port naturel; il pouvait, dit-on, contenir cent galères.

En face, sur la terre ferme, se fonda le faubourg de Zouïla, où le peuple et les marchands vinrent s'établir [506].