[Note 506: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 325. El-Bekri, passim. El-Kaïrouani, p. 95.

Expédition des Fatemides en Egypte, son insuccès.--Si Obeïd-Allah cherchait à se faire un refuge inexpugnable en Ifrikiya, c'est qu'il sentait son trône encore bien vacillant; de tous côtés, les têtes fermentaient. En Sicile, après quelque temps d'anarchie, l'esprit de résistance s'était réveillé, et les Musulmans avaient placé à leur tête le chef ar'lebite Ahmed-ben-Korhob, dont le premier acte avait été de retrancher de la khotba (prône) le nom du mehdi et de proclamer l'autorité du khalife abasside, El-Moktader; sa soumission fut accueillie, en Orient, avec faveur et il reçut les emblèmes du commandement: «Drapeaux et robes noirs, colliers et bracelets [507]

Obeïd-Allah, du reste, considérait son séjour en Ifrikiya comme une simple station. C'est vers l'Orient qu'il tournait ses regards et il n'aspirait qu'à se transporter sur un autre théâtre. La première étape devait être l'Egypte et il en décida audacieusement la conquête. Ayant réuni une armée nombreuse de Ketama, il en donna le commandement à son fils Abou-l'Kassem et le lança vers l'est. Le jeune prince traversa facilement la Tripolitaine et fit rentrer dans l'obéissance le pays de Barka. De là, il marcha directement sur Alexandrie et commença le siège de cette ville. En même temps, une flotte de deux cents navires, sous le commandement de Hobacha, venait la bloquer par mer (914). Après s'être emparés d'Alexandrie, Abou-l'Kassem et Hobacha s'avancèrent dans l'intérieur, envahirent la province de Faïoum et marchèrent sur le vieux Caire.

Mais le gouverneur de l'Egypte, Tikine-el-Khezari, ayant reçu du khalife un renfort important, commandé par l'eunuque Mounês, qu'on appelait le maître de la victoire, marcha contre les envahisseurs, les battit dans plusieurs combats et les força à la retraite. Abou-l'Kassem dut abandonner tout le pays conquis dans sa brillante campagne et se réfugier à Barka.

La flotte du mehdi venait à peine de rentrer d'Orient et se trouvait dans le port de Lamta [508], lorsque les vaissaux siciliens, lancés par Ibn-Korhob, vinrent audacieusement l'attaquer. Mohammed, fils d'Ibn-Korhob, qui commandait l'expédition, dispersa ou coula les navires chiaïtes; puis, ayant opéré son débarquement, mit en déroute les troupes envoyées contre lui de Rakkada. Marchant ensuite sur Sfaks, il mit cette ville au pillage et, enfin, se présenta devant Tripoli, où il trouva Abou-l'Kassem, revenant d'Egypte avec les débris de ses troupes. Il se décida alors à se rembarquer et rentra en Sicile chargé de butin.

[Note 507: ][ (retour) ] Amari, Musulm., t. II, p. 149.

[Note 508: ][ (retour) ] L'antique Leptis parva, dans le golfe de Monastir.

Les insuccès militaires ont toujours pour résultat de provoquer la suspicion contre les généraux malheureux. A son retour, Hobacha fut jeté en prison; son frère, craignant le même sort, prit la fuite et essaya de gagner le pays des Ketama, pour le soulever à son profit; mais il fut arrêté et livré à Obéïd-Allah, qui fit trancher la tête aux deux frères [509].

[Note 509: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 524 et suiv. El-Kaïrouani, p. 95-96. Ibn-Hammad, passim.

L'Autorité du Mehdi est rétablie en Sicile.--En Sicile, Ibn-Korhob avait à combattre l'indiscipline des Berbères, des Arabes, des légistes, des nobles et des intrigants de toute sorte, qui ne cessaient de lutter les uns contre les autres. Le succès de l'expédition de son fils Mohammed n'avait fait qu'exciter la cupidité des Musulmans; aussi Ibn-Korhob dut-il céder à leurs instances et organiser une razia sur la terre ferme. Débarquée en Calabre, l'armée expéditionnaire ravagea une partie de cette province. Mais une tempête détruisit la flotte, et les Musulmans qui échappèrent au naufrage regagnèrent comme ils purent l'île. Ne possédant plus de navires, Ibn-Korhob ne put résister aux attaques constantes des vaisseaux du mehdi.