Sur ces entrefaites, l'impératrice Zoé, régente pendant la minorité de son fils, prescrivait à son lieutenant, en Calabre, de faire la paix avec les Musulmans, car elle craignait l'attaque des Bulgares et avait besoin de toutes ses forces. Un traité fut alors conclu, par lequel les Byzantins s'engagèrent à verser à l'émir de Sicile un tribut annuel de vingt-deux mille pièces d'or (fin 915) [510].
Bientôt, une nouvelle révolte ayant éclaté en Sicile, Ibn-Korhob se démit du pouvoir et voulut se réfugier en Espagne (juillet 916); mais les révoltés assaillirent son vaisseau et, s'étant emparés de l'émir, l'envoyèrent au mehdi: «Qui t'a poussé,--lui dit ce prince,--à méconnaître les droits sacrés de la maison d'Ali, en te révoltant contre nous?»--«Les Siciliens,--répondit le prisonnier,--m'ont élevé au pouvoir malgré moi et, malgré moi, m'en ont fait descendre.» Le souverain fatemide l'envoya au supplice [511].
Abou-Saïd-Moussa, dit Ed-D'aïf, fut chargé par le mehdi de prendre le commandement en Sicile. Ce général éteignit dans leur germe toutes les révoltes et déploya une grande sévérité: s'étant rendu maître de Palerme, le 12 mars 917, il fit un massacre général de la population. Enfin, une amnistie fut proclamée, au nom du chef de l'empire obéïdite, et Abou-Saïd rentra à Kaïrouan, en laissant dans l'île, comme gouverneur, Saïd-ben-Aced avec des forces ketamiennes [512].
[Note 510: ][ (retour) ] Amari, t. II, p. 153.
[Note 511: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 526.
[Note 512: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. III, p. 157.
Première campagne de Messala dans le Mag'reb pour les Fatemides.--Les difficultés auxquelles le mehdi avait à faire face dans l'Est ne l'empêchaient pas de tourner ses regards vers l'Occident. Messala-ben-Habbous, préposé par lui à la garde de Tiharet, le poussait à entreprendre des campagnes dans le Mag'reb. Sur ces entrefaites, Saïd, le descendant de la petite royauté des Beni-Salah à Nokour, s'étant allié aux Edrisides, et ayant refusé obéissance aux Fatemides, Obéïd-Allah jugea que le moment d'agir était arrivé, et il donna à Messala l'ordre de se mettre en marche.
Le chef des Miknaça partit de Tiharet au printemps de l'année 917. Saïd l'attendait, en avant de Nokour, dans un camp retranché, mais la clef de la position ayant été livrée par un traître, Saïd fit transporter sa famille et ses objets précieux dans une île voisine du port, puis, se jetant en désespéré sur les ennemis, il tomba percé de coups. Messala livra le camp et la ville au pillage et envoya au Mehdi la tête de l'infortuné Saïd. Sa famille parvint à gagner l'Espagne et fut reçue avec honneur par Abd-er-Rahman III [513].
[Note 513: ][ (retour) ] El-Bekri, passim. Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 141. Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 37 et suiv.
Pour affermir sa conquête, Messala guerroya encore pendant plusieurs mois dans te territoire de Nokour, puis il reprit le chemin de l'est en laissant une garnison dans cette ville. Peu de temps après, les fils de Saïd, soutenus par les Berbères, rentrèrent en possession de leur petit royaume, et l'un d'eux, nommé Salah, fut reconnu comme prince régnant. Un de ses premiers actes consista à proclamer l'autorité du khalife oméïade d'Espagne, dans cette partie du Mag'reb. Le mehdi ne se sentit pas assez fort pour entrer en lutte contre Abd-er-Rahman.