Nouvelle expédition fatemide contre l'Egypte.--Obeïd-Allah reprit, alors ses plans de campagne en Orient. Ayant réuni une armée formidable, dont les auteurs arabes, avec leur exagération habituelle, portent le chiffre à cinq cent mille hommes, il en confia le commandement à son fils Abou-l'Kassem et la lança contre l'Egypte. Au printemps de l'année 919, cet immense rassemblement, dont les Ketama formaient l'élite, se mit en marche. L'Egypte était alors dégarnie de troupes; aussi les Chiaïtes se rendirent-ils facilement maîtres d'Alexandrie qu'ils livrèrent au pillage, puis ils envahirent le Faïoum et une partie du Saïd. Le gouverneur n'avait pas osé lutter en rase campagne; retranché à Djiza, il ne cessait de demander des secours au khalife. Mais le but du mehdi n'était pas seulement de conquérir cette riche contrée: c'était l'Orient, sa patrie, qu'il convoitait, et il voulait reparaître en vainqueur là où il avait été persécuté. Abou-l'Kassem écrivit aux habitants de la Mekke pour les sommer de se rendre à lui.
Cependant, la situation des Chiaïtes ne laissait pas d'être critique: coupés de leur base d'opérations, décimés par la peste, ils attendaient avec impatience des secours d'Ifrikiya. Le gouverneur abbasside étant mort avait été remplacé par Takin qui avait déjà eu la gloire de repousser la première invasion; des troupes lui avaient été envoyées et enfin, l'eunuque nègre Mounès, rentré en grâce près de son souverain, se préparait à accourir pour jeter son épée dans la balance.
Sur ces entrefaites, une flotte de 80 vaisseaux, envoyée par le mehdi au secours de son fils, arriva en Egypte; mais les navires abbassides lancés contre elle par Monnès réussirent à l'incendier à Rosette. En 920, Mounès arriva avec les troupes de l'Irak et, dès lors, la face des choses changea; Abou-l'Kassem se vit enlever une à une toutes ses conquêtes et, en 921, il dut reprendre la route de l'Ifrikiya. Cette retraite, bien qu'effectué en assez bon ordre, fut désastreuse; dans le mois de novembre, le prince obéïdite rentra à Kaïrouan, ne ramenant, dit-on, qu'une quinzaine de mille hommes, le reste avait péri par le fer ou la maladie, était prisonnier ou s'était dispersé [514].
[Note 514: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. II, p. 526. Ibn-Hammad, passim. El-Kaïrouani, p. 96.
Conquêtes de Messala en Mag'reb.--Pendant que l'Orient était le théâtre de ces événements, Messala recevait du mehdi l'ordre d'entreprendre une nouvelle campagne dans le Mag'reb. En 920, le chef des Miknaça, soutenu par un corps de Ketamiens, marcha directement contre la capitale des Edrisides. Yahïa-ben-Edris ayant réuni ses guerriers arabes, son corps d'affranchis et tous les contingents berbères dont ils disposait et parmi lesquels les Aoureba tenaient toujours le premier rang, s'avança contre l'ennemi. Mais il essuya une défaite et dut rentrer dans Fès, sa capitale, pour s'y retrancher. Messala, arrivé sur ses traces, commença le siège de la ville, et bientôt le descendant d'Edris se vit forcé de traiter avec son ennemi. Il reconnut la suzeraineté du sultan fatemide et consentit à accepter la position secondaire de lieutenant du mehdi à Fès. Avant de rentrer à Tiharet, Messala confia à son cousin Mouça-ben-Abou-l'Afia, le commandement des régions du Mag'reb, jusqu'auprès de Fès.
L'année suivante, des contestations survenues entre Mouça et le prince edriside, soutenu par les Beni-Khazer et autres tribus magraouiennes, ne tardèrent pas à amener une rupture. Aussitôt Messala accourut avec ses troupes dans le Mag'reb. Étant entré à Fès, il destitua Yahïa-ben-Edris, l'interna dans la ville d'Azila (près de Tanger), et s'empara de ses trésors (921). De là il se porta sur Sidjilmassa, où les descendants des Beni-Midrar avaient, depuis longtemps, repris en main l'autorité. Ahmed-ben-Meïmoun, le souverain midraride, essaya en vain de lui résister, il fut pris et mis à mort. Messala, ayant rétabli dans le sud l'autorité fatemide, laissa comme gouverneur El-Moatez, neveu du précédent roi, et rentra à Tiharet d'où il se rendit à El-Mehdïa pour recevoir les félicitations de son maître [515].
Expéditions fatemides en Sicile en Tripolitaine et en Egypte.--En Ifrikiya, le souverain fatemide, établi dans sa capitale d'El-Mehdïa, continuait à diriger des expéditions contre les chrétiens de Sicile, pendant que son lieutenant lui conquérait le Mag'reb. Selon M. Amari [516], Siméon, roi des Bulgares, aurait recherché l'alliance du mehdi, en l'invitant à l'aider dans ses entreprises contre Byzance. La générosité de l'impératrice Zoé, qui mit en liberté ses ambassadeurs tombés entre les mains de ses troupes, désarma Siméon et fit échouer le projet.
[Note 515: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, Berbères, t. I, p. 264, t. II, p. 526 et suiv., t. III, p. 230. Kartas, p. 106 et suiv. El-Bekri, Idricides.
[Note 516: ][ (retour) ] Musulmans de Sicile, t. II, p. 173.
Sur ces entrefaites, une révolte des Nefouça, toujours impatients du joug, tint en échec pendant de longs mois les armées fatemides, et ce ne fut qu'à la fin de 923 que leur dernier retranchement fut enlevé et qu'ils se virent forcés à la soumission.