Guerre d'Italie.--Pendant que le Mag'reb était le théâtre des luttes que nous venons de retracer, les émirs kelbites de Sicile, maîtres incontestés de l'île, avaient reporté tous leurs efforts sur la terre ferme. L'empereur Othon I était mort, en 973, et avait été remplacé par son fils Othon II. Ce prince, guerrier et sanguinaire, profita de l'affaiblissement de l'autorité de ses deux cousins de Constantinople, pour envahir l'Italie méridionale. Benevent et Salerne tombèrent en son pouvoir, et les empereurs ne virent d'autre chance de salut, dans cette conjoncture, que d'appeler les Musulmans.
Au printemps de l'année 982, Othon, ayant reçu de nombreux renforts, entra dans les possessions byzantines à l'a tête d'une armée composée de Saxons, Bavarois et autres Allemands, d'Italiens des provinces supérieures et de Longobards, conduits par les grands vassaux de l'empire. Tarente, mal défendue par les Grecs, fut enlevée, ainsi que Brindes. Mais le gouverneur kelbite Abou-l'Kacem, accouru avec son armée, vient offrir le combat aux envahisseurs. Après une rude bataille dans laquelle Abou-l'Kacem trouve la mort du guerrier, l'armée allemande est en pleine déroute, laissant quatre mille morts sur le terrain. Othon, presque seul, peut à grand peine s'enfuir sur une galère grecque. Il regagne le nord de l'Italie et meurt à Rome le 7 décembre 983.
Djaber, fils d'Abou-l'Kacem, rentra en Sicile avec un riche butin, sans poursuivre la campagne. Son élévation fut ratifiée par le khalife El-Aziz [591].
[Note 591: ][ (retour) ] Ibn-El-Athir, passim. Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 322 et suiv. Elie de la Primaudaie, Arabes et Normands en Sicile et en Italie, p. 154 et suiv.
Les Omeïades d'Espagne étendent de nouveau leur autorité sur le Mag'reb.--Revenons en Mag'reb. A peine Bologguine avait-il quitté les régions du sud, que Ouanoudine, chef des Mag'raoua du sud, était rentré en maître à Sidjilmassa.
En Espagne, la révolte qui se préparait depuis longtemps contre l'omnipotence du vizir El-Mansour-ben-Abou-Amer, avait éclaté. Le célèbre général R'aleb se mit à la tête de ceux qui voulaient rendre au souverain ses prérogatives, mais il succomba dans une émeute et Ibn-Abou-Amer resta seul maître de l'autorité (981). Djâfer-ben-Hamdoun le gênait encore par son influence: il le fit assassiner (janvier 983).
Pendant ce temps, l'edriside El-Hassan-ben-Kennoun quittait l'Egypte et rentrait en Ifrikiya, avec une recommandation du khalife pour son lieutenant. Celui-ci lui donna une escorte de guerriers sanhadjiens avec lesquels il atteignit le Mag'reb (mai 984). Il entra aussitôt en relations avec les chefs des Beni-Ifrene, dont Yeddou-ben-Yâla était le prince, et conclut avec eux un traité d'alliance contre les Oméïades. Dès lors, la guerre de partisans recommença dans le Mag'reb.
Le vizir Ibn-Abou-Amer, qui venait de remporter de grands avantages dans le nord de l'Espagne, voulut mettre un terme aux succès des Edrisides, et, à cet effet, envoya en Afrique un certain nombre de troupes sous le commandement de son cousin Abou-el-Hakem, surnommé Azkeladja. Ce général, après avoir reçu le contingent des Magr'aoua, s'avança contre l'edriside. Aussitôt les Beni-Ifrene abandonnèrent El-Hassan, qui n'eut d'autre parti à prendre que de s'en remettre à la générosité de son vainqueur.
Azkeladja promit la vie au prince edriside et l'envoya au vizir en Espagne; mais celui-ci, au mépris de la promesse donnée, le fit mettre aussitôt à mort, et, comme il avait appris que son cousin Azkeladja avait ouvertement blâmé cet acte, il le rappela de Mag'reb et lui fit subir le même sort (oct.-nov. 985). Une sentence d'exil frappa en outre les derniers descendants de la famille d'Edris [592].
[Note 592: ][ (retour) ] Dozy, Musulmans d'Espagne, t. III, p. 201 et suiv.