Dans la même année, Itoueft, frère d'El-Mansour, fut envoyé en expédition par celui-ci dans le Mag'reb. Il se heurta contre Ziri-ben-Atiya, chef des Mag'raoua, qui le défit complètement et le força à rétrograder au plus vite.
Le vizir Ibn-Abou-Amer nomma au gouvernement du Mag'reb Hassen-ben-Ahmed-es-Selmi, et l'envoya à Fès avec ordre de protéger les princes mag'raouiens de la famille d'Ibn-Khazer, et de les opposer aux Ifrenides qui manifestaient de plus en plus d'éloignement à l'égard de la dynastie oméïade. Le nouveau gouverneur arriva à Fès en 986 et, par son habileté et sa fermeté dans l'exécution des instructions reçues, ne tarda pas à rétablir la paix dans le Mag'reb. Ziri-ben-Atiya fut comblé d'honneurs, ce qui acheva d'indisposer Yeddou-ben-Yâla, chef des Beni-Ifrene, et le décida à lever le masque dès qu'une occasion favorable se présenterait.
Révoltes des Ketama réprimées par El-Mansour.--Tandis que l'influence fatemide s'affaiblissait de plus en plus dans le Mag'reb, les séditions intestines retenaient El-Mansour à Kaïrouan et absorbaient toutes ses forces. La grande tribu des Ketama, si honorée sous le gouvernement fatemide, en raison des immenses services par elle rendus à cette dynastie, voyait, avec la plus vive jalousie, celle des Sanhadja se substituer à elle et absorber successivement tous les emplois. Déjà un grand nombre de Ketamiens étaient, partis pour l'Egypte avec El-Moëzz et s'y étaient fixés; des rapports constants s'établirent entre ces émigrés et leurs frères du Mag'reb, et ils se firent les intermédiaires de ces derniers pour présenter leurs doléances au khalife. Fatigué de leurs récriminations, El-Aziz-Nizar envoya à Kaïrouan un agent secret du nom d'Abou-l'Fahm-ben-Nasrouïa, avec mission de tout étudier par lui-même. Cet émissaire fut adressé par le khalife à Youçof, fils d'Abd-Allah-el-Kateb, ancien officier de Bologguine, personnage très influent, qui avait acquis, dans ses divers emplois, une fortune scandaleuse, et dont El-Mansour n'avait osé se défaire à cause de sa puissance.
Ainsi protégé dans l'entourage même du gouverneur, Abou-l'Fahm, après avoir séjourné quelque temps à Kaïrouan, gagna le pays des Ketama, où il commença à prêcher la révolte à ces Berbères. Cependant El-Mansour, ayant été instruit de toutes ces intrigues, fit tomber Abd-Allah-el-Kateb et son fils Youçof dans un guet-apens où ils trouvèrent la mort (987). Il les frappa, dit-on, de sa propre main. Débarrassé de ces dangereux ennemis, il se disposa à combattre l'agitateur, qui avait pleinement réussi à soulever les Ketama et déjà battait monnaie en son nom.
Sur ces entrefaites, arrivèrent d'Egypte deux envoyés, apportant, de la part du khalife El-Aziz, un message par lequel il défendait à El-Mansour de s'opposer aux actes d'Abou-l'Fahm et le menaçait du poids de sa colère s'il transgressait cet ordre; les messagers déclarèrent même que, dans ce cas, ils devraient le conduire, la corde au cou, à leur maître. Ces menaces causèrent au fils de Bologguine la plus violente indignation et eurent un effet tout opposé à celui qu'on en attendait. Au lieu de se conformer aux ordres d'un suzerain qui reconnaissait si mal les services de sa famille, El-Mansour commença par séquestrer les deux officiers, puis il pressa de toutes ses forces les préparatifs de la campagne. Bientôt, il se mit en marche et vint directement enlever Mila, qu'il livra au pillage. Les Ketama avaient fui: il porta la destruction dans tous leurs villages, atteignit Abou-l'Fahm non loin de Sétif et le mit en déroute. L'agitateur chercha un refuge dans une montagne escarpée, mais il fut pris et conduit au gouverneur. El-Mansour ordonna de le mettre en pièces devant les envoyés du khalife El-Aziz, qu'il avait traînés à sa suite dans la campagne; des esclaves nègres, après avoir dépecé le corps d'Abou-l'Fahm, le firent cuire et en mangèrent les morceaux en leur présence. Les envoyés reçurent alors licence de retourner au Caire; ils y arrivèrent terrifiés et racontèrent à leur maître ce dont ils avaient été témoins, déclarant qu' «ils revenaient de chez des démons mangeurs d'hommes et non d'un pays habité par des humains [593]».
[Note 593: ][ (retour) ] En-Nouéïri, apud Ibn-Khaldoun, t. II, p. 14, 15.
Au mois de mai 988, El-Mansour rentra à Kaïrouan.
L'année suivante, un Juif, du nom d'Abou-l'Feredj, réussit encore, en se faisant passer pour un petit-fils d'El-Kaïm, à soulever les Ketama. Mais cette révolte fut bientôt étouffée par El-Mansour lui-même, qui fit mettre à mort l'imposteur et infligea de nouvelles punitions à la tribu où ce dernier avait trouvé asile. De là, il se porta à Tiharet en poursuivant son oncle Abou-l'Behar, qui venait de se déclarer contre lui; celui-ci n'eut alors d'autre ressource que de se jeter dans les bras des Mag'raoua. El-Mansour, après être resté quelque temps à Tiharet, y laissa comme gouverneur son frère Itoueft, puis il alla à Achir recevoir la soumission de Saïd-ben-Khazroun, auquel il donna le commandement de Tobna. Il rentra ensuite à Kaïrouan (989) [594].
[Note 594: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. II, p. 15, t. III, p. 238, 259. El-Kaïrouani, p. 133.
Les deux Mag'reb soumis à l'autorité oméïade; luttes entre les Mag'raoua et les Beni-Ifrene.--Dans le Mag'reb, Ziri-ben-Atiya, resté seul chef des Mag'raoua, avait vu s'accroître son autorité et son influence aux dépens de Yeddou-ben-Yâla. En 987, il fut appelé à Cordoue par le vizir Ibn-Abou-Amer, qui venait de remporter sur les chrétiens de grandes victoires. Bermude, roi de Léon, avait vu jusqu'à sa capitale tomber aux mains des Musulmans et n'avait conservé que quelques cantons voisins de la mer. Le vizir fit à Ziri une réception princière.