Conquête de Karthage dans les îles et sur le littoral de la Méditerranée.--Dès le sixième siècle avant notre ère, les Karthaginois firent des expéditions guerrières dans les îles et sur le rivage continental de la Méditerranée. En 543, à la suite d'une guerre contre les Phocéens, ils restèrent maîtres de l'île de Corse. Quelques années plus tard, eut lieu leur premier débarquement en Sicile (536).
Les relations amicales de Karthage avec l'Italie remontent à cette époque; déjà les Etrusques l'avaient aidée dans sa guerre contre les Phocéens; en 509 fut conclu son premier traité d'alliance avec les Romains [22].
Sous l'habile direction de Magon, la puissance punique s'étendit sur la Méditerranée, dont tous les rivages reçurent la visite des vaisseaux de Karthage se présentant, non plus comme de simples trafiquants, mais comme les maîtres de la mer. Les Berbères de l'Afrique propre sont ses vassaux; ceux du sud et de l'ouest ses alliés: tous lui fournissent des mercenaires pour ses campagnes lointaines. La civilisation Karthaginoise se répandit au loin et exerça la plus grande influence, particulièrement sur la Grèce et le midi de l'Italie.
[Note 22: ][ (retour) ] Polybe.
Guerres de Sicile.--Mais ce fut contre la Sicile que Karthage concentra ses plus grands efforts; elle était attirée vers cette conquête par la richesse et la proximité de l'île, et aussi par le désir d'abattre la puissance des Grecs en Occident. Alors commença ce duel séculaire, qui devait avoir pour résultat d'arrêter la colonisation grecque dans la Méditerranée, mais dont Rome devait recueillir tous les fruits.
Alliés à Xerxès par un traité fait dans le but d'opérer simultanément contre les Grecs, les Karthaginois firent passer en Sicile une armée considérable sous la conduite d'Amilcar [23], fils de Magon; mais cette alliance ne leur fut pas favorable et, tandis que les Perses étaient écrasés à Salamine, les Phéniciens éprouvaient un véritable désastre en Sicile (vers 480).
La guerre continua pendant de longues années en Sicile, sans que les Karthaginois y obtinssent de grands succès: les revers, la peste, les calamités de toute sorte semblaient stimuler leur ardeur. Néanmoins, vers la fin du ve siècle, Hannibal et Himilcon, de la famille de Hannon, remportèrent de grandes victoires et conquirent aux Karthaginois près d'un tiers de l'île, avec des villes telles que Selinonte, Hymère, Agrigente, etc. [24].
[Note 23: ][ (retour) ] C'est à tort que M. Mommsen et les Allemands orthographient ce nom par un H. La première lettre est un Aïn () et non un Heth ().
[Note 24: ][ (retour) ] Diodore.
Denys, tyran de Syracuse, les arrêta dans leurs succès et les força à signer un traité, ou plutôt une trêve, pendant laquelle les deux adversaires se préparèrent à une lutte plus sérieuse (404).