En 399 Denys envahit les possessions Karthaginoises; Himilcon, nommé suffète, arrive avec une flotte nombreuse devant Syracuse, force l'entrée du port et coule les vaisseaux ennemis (396). L'année suivante, il revient en force, s'empare de Motya, de Messine, de Catane, de presque toute l'île, vient mettre le siège devant Syracuse et porte le ravage dans la contrée environnante. Au moment où il est sur le point de triompher de son ennemi, la peste éclate dans son armée. Denys profite de cette circonstance pour attaquer les Karthaginois démoralisés, les bat sur terre et sur mer et force le suffète à souscrire à une capitulation qui consacre la perte de toutes ses conquêtes. Ainsi finit cette campagne si brillamment commencée [25].
[Note 25: ][ (retour) ] Diodore, 1. XXIV.
Révolte des Berbères.--À la nouvelle de ce désastre, les indigènes de l'Afrique croient que le moment est venu de reconquérir leur indépendance. Ils se réunissent en grandes masses et viennent tumultueusement attaquer Karthage (395). Tunis tombe en leur pouvoir et la métropole punique se trouve exposée au plus grand danger. Mais bientôt la discorde se met parmi ces hordes sans chefs, qui ne veulent obéir à aucune règle, et ce rassemblement se fond et se désagrège. Ainsi nous verrons constamment les Berbères profiter des malheurs dont leurs dominateurs sont victimes pour se lever contre eux: la révolte éclate comme la foudre; mais bientôt la désunion et l'indiscipline font leur œuvre, la réunion se dissout en quelques jours et les indigènes retombent sous le joug de l'étranger [26].
[Note 26: ][ (retour) ] Diodore, 1. XIV, ch. lxxii.
Suite des guerres de Sicile.--À peine Karthage avait-elle triomphé des Berbères qu'elle envoya Magon en Sicile avec de nouvelles forces. La guerre recommença aussitôt entre Denys et les Karthaginois, et se prolongea avec des chances diverses pendant plusieurs années. Magon, ayant péri dans une bataille, fut remplacé par son fils portant le même nom. En 368, Denys cessa de vivre et eut pour successeur son fils Denys le jeune. Malgré ces changements, la guerre continuait avec acharnement de part et d'autre: c'était comme un héritage que les pères transmettaient en mourant à leurs enfants.
Mais si les Grecs de Sicile avaient recouvré une certaine puissance sous la ferme main de Denys, le règne de son successeur ne leur procura pas les mêmes avantages. Poussés à bout par les vices de Denys le jeune, les Syracusains l'expulsèrent de leur ville; mais comme un tyran a toujours des partisans, la guerre civile divisa les Grecs. Karthage saisit avec empressement cette occasion pour envoyer de nouvelles troupes en Sicile avec Magon, en chargeant ce général de reprendre avec vigueur les opérations militaires. Vers le même temps elle concluait avec Rome un nouveau traité d'alliance tout en sa faveur, car elle imposait à celle-ci de ne pas naviguer au delà du détroit de Gadès, à l'Ouest, et du cap Bon, à l'Est, et lui interdisait même de faire du commerce en Afrique (348).
A l'arrivée de Magon en Sicile, un groupe de citoyens de Syracuse, car la ville elle-même était divisée en plusieurs camps, fit appel aux Corinthiens fondateurs de leur cité, en implorant leur secours. Ceux-ci envoyèrent Timoléon avec une petite armée d'un millier d'hommes. Syracuse était alors sur le point de tomber: un parti avait livré le port aux Karthaginois; Denys occupait le château; Icetas le reste de la ville. Timoléon obtint la soumission de Denys et la remise de la citadelle et força les Karthaginois à une trêve pendant laquelle il détacha de Magon ses auxiliaires grecs. Celui-ci, se croyant perdu, s'embarqua précipitamment et vint chercher un refuge à Karthage, où, pour échapper à un supplice ignominieux, il se donna la mort.
Karthage, brûlant du désir de tirer vengeance de ces échecs, fit passer, en 340, de nouvelles troupes en Sicile sous le commandement de Hannibal et de Amilcar; mais ce ne fut que pour essuyer un nouveau et plus complet désastre. Timoléon, bien qu'il disposât d'un nombre beaucoup moins grand de soldats, réussit, après une lutte acharnée dans laquelle les Karthaginois déployèrent le plus grand courage, à triompher d'eux. En 338 un traité fut conclu entre les Syracusains et les Karthaginois. Timoléon fit ainsi reconnaître l'intégrité de Syracuse et de son territoire et recula les bornes des possessions puniques, en imposant aux Karthaginois la défense de soutenir à l'avenir les tyrans.
Agathocle, tyran de Syracuse.--Il porte la guerre en Afrique.--Quelques années plus tard, un homme de la plus basse extraction, sans mœurs, mais d'un caractère énergique et ambitieux, parvint, avec l'appui d'Amilcar, à s'emparer par un coup de force de l'autorité à Syracuse; il mit à mort les citoyens les plus honorables et se proclama roi des Grecs (319). Bien qu'il eût juré à Amilcar, pour obtenir son appui, une fidélité éternelle à Karthage, il se considéra comme dégagé de son serment par la mort de son ancien protecteur et envahit les possessions puniques. Aussitôt, Karthage fit passer en Sicile une armée nombreuse sous la conduite de Amilcar, fils de Giscon, et ses troupes remportèrent sur Agathocle une victoire décisive et vinrent mettre le siège devant Syracuse.
Agathocle, réduit à la dernière extrémité, ne possédant plus que la ville dans laquelle il est bloqué, repoussé par les Grecs auxquels il s'est rendu odieux par sa tyrannie, conçoit le dessein hardi de se débarrasser de ses ennemis en allant porter la guerre chez eux. Il supplie les Syracusains de résister encore quelques jours, parvient, au moyen d'un stratagème, à attirer les vaisseaux Karthaginois en dehors du port, profite de ce moment pour en sortir lui-même avec quelques navires, et fait voile vers l'Afrique. Poursuivi par la flotte de ses ennemis, il parvient à lui échapper et, après six jours d'une traversée des plus périlleuses, aborde dans le golfe même de Tunis et se retranche dans les carrières, après avoir brûlé ses vaisseaux afin d'enlever à ses troupes toute pensée de retour (310).