Traduire quoi? demanda Séquart, je ne comprends pas.
Je dis que dans quatre cents ans d'ici les Canadiens n'auront peut-être plus le mot France pour répondre au mot patrie.
Hein? Qu'est-ce que tu dis-là?
Ce pays que nous avons l'intention de nommer Nouvelle France sur nos cartes géographiques et dans l'histoire du globe, ce pays s'appellera peut-être alors Nouvelle Espagne ou Nouvelle Angleterre. A tous les âges du monde, amis, les conquérants ont eu cette manière de traduire.
Eustache Grossin se leva debout: Il faudrait pour cela, dit-il, il faudrait que l'empire de la mer appartint à l'Angleterre ou à l'Espagne. Ce qui n'est pas, ce qui ne sera pas, par St. Malo! aussi longtemps que l'on verra dans l'Atlantique les galions, les nefs, les chebecs et les caravelles de la Bretagne.--Rappelle-toi, Duvert, que les Normands ont conquis l'Angleterre, et n'oublie pas que tu es français!
Duvert regarda le compagnon marinier avec orgueil et lui répondit simplement: J'aimerais mieux, Grossin, me rappeler que je suis Breton! Avant que la France s'appelât Gaule, la Bretagne se nommait Armorique! Nous ne sommes français que d'hier,130 camarade, et le courage date de plus loin. Le courage, ami, n'est pas exclusivement une qualité française, C'est plus qu'un caractère national, c'est une vertu humaine. Seulement, à la gloire de notre nouveau drapeau, nous sommes de tous les peuples actuels de l'Europe, son meilleur terme de comparaison.
Note 130: La Bretagne ne fut définitivement rattachée au royaume de France qu'en 1532.
Et voilà pourquoi tu désespères de la colonie, pourquoi tu oses croire à sa ruine, le jour même de sa découverte? dit Grossin avec colère.
Tu sais mieux que cela, Eustache. Ce n'est pas souhaiter un événement que d'y penser. Même avec ce pressentiment au fond du coeur, je me frais tuer pour notre conquête.
Très-bien, cela.