Elle remerciait avec un petit sourire enchanteur. De visage, elle n’était pas jolie, jolie, mais elle avait l’air si distinguée ! elle était si douce, si prévenante à l’égard de son père, si bonne enfin ! De plus, elle avait des bras fort honorables et ses yeux noirs semblaient, à de certaines minutes, profonds comme des puits. Quand il se trouvait seul avec elle, Isidore lui en eût fait compliment s’il eût osé.

Le samedi, on prit le thé en famille. La causerie fut longue et très amicale. Cependant, ce jour-là, Isabelle parut profondément mélancolique. Offrant le sucre avec un sourire courageux, elle semblait atteinte d’un de ces maux secrets qui ne pardonnent pas.

— Qu’est-ce que cette malheureuse peut bien avoir comme ça ? se demandait Isidore en revenant chez lui.

Il se grattait les cheveux et remuait en sa tête ses souvenirs de lectures.

Le lendemain, il eut le mot de l’énigme. Le lendemain dimanche fut un grand jour…

Ils avaient fait une partie à l’ombre de la tonnelle. L’heure était douce, de subtils parfums flottaient. Les cartes tombées, Isidore parlait… Il parlait de son parc, de ses bois, de sa maison de campagne… et des bonnes veillées devant l’âtre monumental où flambe une bûche centenaire… et de la chasse et des chers vieux compagnons, les deux griffons à poil dur… Quand il s’arrêtait, le professeur Pioutre lui tendait amicalement la perche ; aussitôt, il repartait.

Mme Isabelle ne se tenait pas près de lui comme d’habitude, mais de l’autre côté de la table. Elle le regardait en face sans rien dire. Et dans son regard il y avait… Isidore ne savait trop quoi… admiration passionnée ou rancune mortelle ? En tous les cas, il y avait quelque chose.

Il advint, pendant qu’Isidore parlait, qu’un fâcheux se présenta. M. Pioutre se leva pour le recevoir ; Mme Isabelle et Isidore restèrent seuls sous la tonnelle.

Alors Mme Isabelle détourna les yeux et lutta un moment avec courage contre son émotion. Mais l’émotion fut la plus forte et la pauvre jeune femme s’affaissa sur la table en sanglotant. Un trouble s’éleva dans l’âme éperdue d’Isidore. Il dit d’abord à voix haute :

— Bon Dieu de bois !