— Manœuvrer ! C’est facile à dire !… Si j’ouvre seulement la bouche, Séraphine me sautera à la figure ! Ce n’est pas que je la craigne, entendez-moi bien !… Mais je comptais filer tout simplement… quitte à laisser un petit mot d’explication.
La figure de Broc devint sévère.
— Vous ne ferez pas cela ! dit-il ; d’abord, ce serait imprudent ; de plus, ce ne serait pas d’un gentleman… Quittant Séraphine, vous lui causez un dommage certain : donc, vous lui devez réparation. La justice avant tout, n’est-ce pas ?
— Mais, bon Dieu de bois ! je vous répète que je lui ai donné le Noyer-Rouge ! Elle me revient à quinze cents francs la livre, frais non compris…
— Et il y a des faux morceaux, acheva Broc ironiquement. Mon cher, vous m’étonnez un peu… Ce qui est donné est donné ; n’en parlez plus, ce ne serait pas d’un gentleman. Il y a un fait nouveau qui entraîne votre condamnation. Vous avez de la fortune : payez et vous ne serez pas déconsidéré.
Isidore suait à grosses gouttes. Broc ajouta négligemment :
— Sans cela, je crains beaucoup que vous n’épousiez pas ma sœur.
— Même si je paye, gémit Isidore, qui me garantira le silence de ce petit chameau ? Qui me prouve que Séraphine n’essaiera point quand même d’anéantir mon bonheur ?
Broc étendit la main.
— Je connais l’enfant, dit-il ; si vous la dédommagez, si vous agissez en galant homme, je crois pouvoir lui faire entendre raison. Je prends l’affaire à mon compte.