Mais Isidore cogna sur la table avec autorité.
— Eh bien, quoi ! Qu’est-ce que vous me chantez avec votre Séraphine ? Nous ne sommes pas mariés, je suppose ! Elle n’aura pas à se plaindre, Séraphine ! Vous ne savez pas, vous, que je lui ai donné ma ferme du Noyer-Rouge, qui vaut cent cinquante mille francs et que je regretterai toute ma vie !…
Il continua, plus bas :
— D’ailleurs, cher ami, je puis bien vous l’avouer : Séraphine se consolera facilement, car j’ai l’impression, depuis quelque temps, qu’elle se fiche de moi.
— Cela est possible ! dit Broc ; mais elle fera quand même des histoires ; c’est un sacré petit crampon !
— Eh bien ! qu’elle fasse des histoires, si ça lui chante ! Après tout, j’aurai ma conscience pour moi !
Rufin, dit Broc, se renversa sur sa chaise et passa le pouce dans l’entournure de son gilet.
— Vous n’avez pas froid aux yeux ! dit-il. Moi, à votre place, je me méfierais… Vous dites à Séraphine : « Mon bel ange, je t’ai assez vu… Nous sommes quittes… Je te quitte ! » Et vous la quittez en effet. Ça va bien ! Mais imaginez que Séraphine, là-dessus, aille trouver ma sœur et lui chante un petit air de sa façon… Elle en est capable, vous le savez !… Eh bien, mon cher, en cette occurrence, voici ce qui se passerait : ma sœur pleurerait toute sa vie son bonheur perdu, mais jamais, vous m’entendez, jamais plus elle ne consentirait à vous écouter !
— Que me racontez-vous là ? s’écria Isidore… Pour une bagatelle, vous croyez donc ?…
— Non seulement je le crois, mais j’en suis parfaitement sûr ! Ma sœur est toute bonté, je ne crains pas de l’affirmer, mais sur le chapitre des mœurs, fichtre ! elle ne plaisante pas ! Qu’elle vienne seulement à se douter de quelque chose et tout est rompu !… Donc, pas de bruit ! Pas d’imprudences ! Manœuvrez, cher ami, manœuvrez !