Loïse avait été une belle femme en son jeune âge. La cinquantaine sonnée, elle n’était plus qu’une grosse femme si vous voulez, mais si propre et de si belle tenue qu’elle gardait encore honnêtement sa place entre de plus jeunes. Et elle n’en craignait pas beaucoup pour soutenir la plaisanterie et lancer une rigourdaine.
Dans son ménage, elle menait tout et ne s’en cachait point. Elle disait ma maison, mes vaches, ma vigne. Par contre, parlant de Philémon avec les voisins, elle disait notre homme, et puis elle riait. Elle aimait à raconter qu’elle avait été obligée de le demander en mariage.
Philémon ne comptait guère à la Commanderie. C’était un petit homme maigre, à la figure rasée, avec un grand nez triste et des yeux endormis. Il labourait tout comme un autre, fauchait ses prés, taillait sa vigne, mais, pour taper dans la main des marchands qui lui achetaient ses bêtes, il attendait que Loïse eût dit son mot. Il ne fumait pas, ne prisait pas, buvait rarement trop et seulement quand cela ne lui coûtait rien.
Chez lui, il avait difficilement accès dans la chambre réservée où étaient les beaux meubles et le tiroir aux écus. Et même, quand Loïse lui faisait longuement nettoyer ses socques à la porte de la cuisine, il ne songeait pas à faire rébellion.
Il parlait modestement en compagnie. Il riait comme les autres aux contes que faisait sa femme, mais toujours avec un peu de retard, car sa pensée était lente.
Quand Loïse n’était pas chez elle en train de fourbir ou de laver, on la trouvait presque sûrement dans la maison voisine, chez Rougeline, l’épicière, qui savait toutes les nouvelles.
Ce fut avec Rougeline, un soir de l’an passé, que Loïse manigança une agréable petite plaisanterie.
L’épicière vendait des cartes postales. Elle en avait de brillantes où l’on voyait des amoureux au teint étonnamment frais. En bas de l’image, de galants compliments étaient marqués en lettres dorées. Loïse examinait ces cartes et les trouvait fort belles.
Rougeline dit :
— Choisis celle de ton goût… Si c’est pour faire une surprise à ton galant, je te la donne !