— Tu n’auras pas ce courage ? dit la Rougeline.
Mais Loïse tenait son idée.
— Faut y mettre un petit mot d’écrit, dit-elle.
La Rougeline prit une plume et, sous la dictée de Loïse qui s’aidait d’une autre carte où était imprimé un compliment, elle écrivit :
« Mon Philémon chéri,
« Par la présente je t’envoie mon portrait. Je t’aime d’amour extrême, un peu plus tous les jours et je t’aimerai toujours. Quand seras-tu près de moi ? Je t’embrasse.
« Henriette. »
Une enveloppe, un timbre !… La boîte aux lettres est à la porte… Partez !
Là-dessus l’épicière mit un petit pot de café devant le feu et cinq minutes plus tard, les deux bonnes femmes vous prirent une de ces tasses au fond desquelles il n’est point d’amertume.
Le lendemain, quand le facteur pénétra chez Rougeline, Loïse était au guet, dans la chambre réservée, près de la fenêtre donnant sur la route. Vite, elle sortit dans le courtil et héla Philémon qui traînassait ses sabots dans la grange. Au lieu de lui donner ses ordres comme à l’habitude, elle l’invita bonnement à ne point s’en aller dans la plaine, enrhumé comme il l’était, sans venir à la maison prendre une tasse de tisane bien chaude. Et puis elle s’en retourna dans sa chambre. Le facteur sortait de l’épicerie. Loïse l’entendit traverser la route, ouvrir la barrière. Elle fit un signe à Rougeline qui était apparue au seuil de sa maison et elle courut à la fenêtre donnant sur le courtil.
Le facteur remettait la lettre à Philémon. Le bonhomme sortit un couteau de sa poche, ouvrit l’enveloppe avec grand soin et en tira la carte.
— Hé bé !