Le bonhomme battit en retraite. Une quinte de toux le secoua.
— Guette-le, Rougeline ! guette-le ! n’a-t-il pas l’air galant avec son jabot rentré ? Tousse, chien gâté ! Tousse et crache ! Je suis là, moi, pour te faire de la tisane… Dire que j’ai soigné ça aux œufs et au beurre pendant vingt-cinq ans !… Et si j’avais voulu, je ferais la dame aujourd’hui, dans un beau logis, chez un monsieur de ville !
D’un coup de pied, elle envoya dinguer une petite escabelle de bois blanc qui se trouvait à côté du fauteuil.
— Si je n’avais pas la crainte de Dieu, rugit-elle, je te briserais en miettes sous les clous de mes sabots !
La Rougeline la prit aux épaules et se mit à lui parler comme personne sensée et que rien n’étonne plus.
— Apaise-toi, disait-elle… Pauvre ! tu n’es pas la première après tout !… les vieux comme les jeunes, ils sont tous pareils.
— Non ! ils ne sont pas tous pareils… Il y en a qui sont beaux et d’autres qui sont laids, qui sont laids, bon Jésus ! Non ! mais guettez-moi cette figure… N’a-t-il pas bien l’air qu’il faut pour charmer les jeunesses ? Dis, Rougeline, ce nez qu’il a, ce nez qu’il baisse, croyais-tu qu’il suivait avec ça la piste des créatures ?… Henriette ! Henriette !…
Ce nom sembla jeter la bonne femme à une fureur nouvelle. Elle trépigna, volta, frappa du talon la carte qu’elle avait jetée à terre et puis :
— Houch ! chien gâté ! Sors de ma maison ! Sors de mon parterre ! Sors de mon courtil ! Ote-toi de ma vue, vieux grelotteux !
A reculons, Philémon avait gagné le seuil. Elle lui jeta la porte au nez sans cesser de le honnir à tue-tête.