Le vieux, mis en train, m’a conté ses souvenirs de la guerre, de la guerre de 1870, bien entendu. Maréchal ferrant, dans un régiment de cuirassiers, il a failli avoir la médaille militaire.
— Il y avait un colonel qui voulait se sauver… son cheval était déferré !… Il a demandé un maréchal… J’ai couru, mais un camarade a couru plus vite que moi : c’est lui qui a eu la médaille.
La médaille militaire pour avoir ferré le cheval d’un colonel qui fichait le camp !
Noble candeur ! Touchante naïveté !
Le vieux cuirassier de 1870 a une grande et belle figure qu’on dirait sculptée dans du cœur de chêne. Il a les épaules saillantes et d’énormes poings noueux… Sous cette vieille et rude enveloppe, se cache une âme neuve d’enfant.
C’est le paysan de mes lectures, « l’homme du pays », d’une raide loyauté, d’une honnêteté sans détours.
J’ai une impression de sécurité en mettant ma main dans la sienne, bien qu’il me serre trop les doigts et qu’il me fasse un peu mal.
Brave père Hoursault !
Je vais envoyer un mot à mon bon collègue et ami Billon, qui habite à une petite lieue d’ici. Je vais le prier de venir, dimanche, déjeuner à la maison avec sa jeune femme et ses deux charmants enfants. Nous terminerons ces vacances de Pâques par une petite fête. Nous avons tous bon estomac : nous mangerons des côtelettes de porc, un rôti de porc, des boudins et, au dessert, nous ferons, à tour de rôle, sauter une crêpe. Mme Billon chantera.