COMME UN RASOIR !
Mercredi, 30 mars. — Ce soir, le père Hoursault est venu chez moi.
— Nous tuons notre cochon vendredi, m’a-t-il dit ; j’ai pensé que vous seriez peut-être content d’en prendre la moitié…
Dans le hameau où, depuis huit mois, je suis maître d’école, il n’y a ni boucher, ni charcutier, ni épicier, ni rien. Il n’y a que des paysans, de braves paysans qui ne tiennent pas à vendre leurs produits sur place, mais préfèrent bien les porter à la ville, où ils sont plus à l’aise pour les surfaire.
Jamais aucun d’eux, jusqu’à ce jour, n’était rien venu m’offrir, et je suis reconnaissant, mais là ! tout à fait reconnaissant, au père Hoursault de son amabilité et de sa complaisance. Je suis vraiment touché !… En voilà un, enfin, qui ne me considère pas comme un étranger ici.
La moitié d’un cochon, c’est beaucoup, mais comme l’occasion ne se représentera pas…
— A quel prix vendez-vous votre viande ?
— Au cours.
— C’est parfait !
Je suis allé chercher une bonne bouteille. Par ces temps brumeux, le père Hoursault a un faible pour le vin chaud. Nous avons donc fait chauffer le vin et nous l’avons bu, bien sucré.