Philémon commença par lui parler de haut et sur la grosse dent ; la fille, qui connaissait la réputation du bonhomme, lui éclata au nez. Elle était laide sous son hâle et répandait de redoutables odeurs d’ail et de lait caillé ; mais elle avait des yeux jeunes et de grosses lèvres rouges et mobiles. Le bonhomme s’assit tout près d’elle.

Passa un des petits Rougelin ; il conta innocemment la chose à sa mère qui s’arrangea bien pour en informer la voisine.

Tout le village, d’ailleurs, fut vite au courant. La bergère menait ses bêtes droit sur les terres de la Commanderie. On la vit rôder tout près de la maison, dans un pré où le regain lui montait aux chevilles.

Un matin, Loïse ayant voulu lui donner la chasse, la ribaude se retourna sur elle sans vergogne et lui cingla les jambes à coups de fouet.

La Loïse n’osa plus sortir de chez elle. Quelquefois elle montait au grenier et passait de longues heures derrière une lucarne d’où elle apercevait les champs de la Commanderie. Quand les moutons étaient en vue, la colère la rongeait comme une petite bête ardente.

Peu à peu, elle prit le pli de s’acagnarder au coin de son feu, les mains inoccupées. Elle maigrit, elle jaunit, elle tomba malade.

Philémon, lui, était rajeuni de quinze ans. Il se coiffait sur l’oreille et portait moustache. Il avait donné toute liberté à la bergère qui en avait profité immédiatement en amenant six moutons de plus.

Elle commença à loger ses bêtes à la Commanderie les soirs de pluie. Peu à peu, elle en vint à les y loger tous les soirs. Elle-même couchait dans le fenil.

Enfin le jour où Loïse fut tout à fait malade, elle se trouva là, naturellement pour la soigner.

Et, par un soir du mois dernier, Loïse mourut soudain, de colère rentrée, pour avoir vu cette créature aux sabots couverts de fumier pénétrer, pour la nuit, dans la chambre réservée.