— Ce sont des hameçons, expliqua M. Buc. Je précise : ce sont des hameçons à morues.
— Attention ! soufflai-je. Ne vous coupez pas : on nous écoute !
A quinze mètres de nous, en effet, une grosse dame pêchait à la ligne. Elle était en bateau, immobile comme une pile de pont, en plein soleil, au milieu de la rivière et elle nous regardait sans douceur, craignant sans doute que nous n’effarouchions le poisson. Une vraie pêcheuse.
M. Buc reprit à tue-tête :
— A votre âge, monsieur, vous n’êtes pas sans savoir que la morue se pêche à la ligne, stupidement à la ligne. Et quand vous avez ainsi tiré plus de mille morues très grosses, vos bras forts sont las, et je prétends, moi, que vous en avez assez !… Ne venez pas me raconter le contraire !… Vous me dites : accrochez un hameçon au bout d’une corde ! non, monsieur ! non. C’est la plus sombre des idioties ! Les morues, moi, je vais les chercher, directement, chez elles. J’attache dix mille, cent mille hameçons aux flancs de mon submersible et alors : plongez !… Je plonge !
Il plongeait en effet, s’accroupissait dans l’allée.
Dans son bateau, la grosse dame donnait des signes d’inquiétude.
— Émergez ! commanda M. Buc.
Et il se redressa comme un diable.
— Cent mille morues ! clama-t-il ; cent mille ! Je les amène au port, vivantes et frétillantes… et vous n’avez plus, monsieur, qu’à les cueillir avec la main comme on cueille les fruits sur l’arbre ! Parfaitement, madame ! acheva-t-il, en se tournant vers la pêcheuse qui repliait précipitamment sa ligne ; parfaitement ! osez dire le contraire ! osez donc un petit peu !