— Eh bien, docteur ?
— Eh bien, il est fou ! me répondit-il en souriant.
Je ne suis pas d’une patience surprenante. Le sourire du médecin me sembla cynique et exaspérant. Je me levai avec brusquerie et je ne fus pas avare d’insolences ! Je crois bien même que je parlai du procureur de la République et d’un ami journaliste singulièrement féroce.
— Car enfin ! il n’est pas fou ! Je l’ai vu le 10 août ; il simulait la folie, mais il n’était pas fou ! Non, monsieur ! et c’est tout simplement monstrueux !
Le médecin me laissait aller. Quand je fus à bout de souffle, il parla à son tour :
— Monsieur, me dit-il, rien ne m’autorise à penser que vous vous soyez trompé. Le 10 août, notre malade simulait la folie, votre parole m’en est un sûr garant. Certains indices me porteraient à croire que, le 16 août, à son entrée dans cet établissement, il était exaspéré, mais lucide. Quelques jours d’hébétude ont suivi. Les premiers symptômes nettement spécifiques se placeraient, je crois, entre le 27 et le 30 août. Vous excuserez, monsieur, ce manque de précision : je ne suis attaché à l’établissement que depuis le 5 septembre.
— En somme, repris-je, il est entré ici sain d’esprit et il en sortira radicalement fou !
— Il n’en sortira vraisemblablement pas, répondit doucement le médecin. Il présente un cas typique de vésanie incurable. Il simulait la folie, disiez-vous, afin d’être mis à la retraite ? maintenant il a repris la férule et il enseigne passionnément du matin au soir ; sa grande terreur est qu’on ne le trouve pas assez zélé. Il est, d’ailleurs, tout à fait inoffensif. Voulez-vous le voir ?
Non, à la vérité, je ne voulais plus le voir ! Mais je ne répondis pas : j’étais écrasé.
Le médecin pria un infirmier de l’aller chercher.