Dominique, cependant, était triste quelquefois, parce qu’il songeait à son pauvre Victor qu’il ne reverrait plus ; mais, tout aussitôt, il pensait à Mariette, et il se redressait sur sa jambe vernie en sifflant un petit air…

Les plus honnêtes garçons sont ainsi faits !

C’est aussi que Mariette, depuis qu’elle avait connaissance du testament, ne cachait plus du tout ses bons sentiments. Elle ne demandait pas mieux que d’épouser Dominique. Déjà elle tirait des plans pour plus tard.

— Je ne serai plus lingère, disait-elle ; tu m’offriras beaucoup de cadeaux… Quand nous n’aurons plus assez d’argent pour nous amuser, nous vendrons la maison et le jardin.

— Je ferai tout ce que tu voudras, répondait Dominique.

En attendant, Mariette cherchait des distractions. Quand elle rencontrait un mauvais sujet, elle ne se sauvait point comme son devoir l’eût exigé ; elle s’arrêtait au contraire ou bien même courait au-devant du danger.

Car, cette Mariette — le moment est venu de le dire — était une fille fraîche et jolie, nom de nom mais nullement vertueuse. Il n’y avait que ce pauvre Dominique pour en douter. Elle n’envisageait point le mariage comme il se doit, c’est-à-dire comme le seul moyen d’avoir beaucoup d’enfants. Dieu le sait ! ce qu’elle voulait, c’était tout simplement gaspiller la fortune de Dominique et se moquer de lui avec des débauchés. Quand il n’aurait plus le sou, elle le planterait là sur sa jambe de bois et tâcherait de se débrouiller d’un autre côté.

Noirs et perfides desseins dont l’accomplissement semblait réglé à l’avance comme du beau papier à musique. Mais la bonne étoile de Dominique avait l’œil ouvert encore une fois ; elle ne permit pas ça.

Mariette, un jour, rencontra un mauvais sujet qui semblait un peu enrhumé ; en réalité, c’était bel et bien la grippe espagnole qui, sans faire de bruit, farfouillait sous sa peau. Or, Mariette ne craignait rien ; elle courait au-devant du danger, comme il est dit plus haut. Elle passa une soirée entière à côté du mauvais sujet ; celui-ci éternuait et frottait le bout de son nez contre le nez de Mariette. Aussi qu’arriva-t-il ? Mariette attrapa la grippe espagnole. Quatre jours plus tard, elle mourut en se repentant.

Dominique pleura si abondamment dès les premières heures que, bientôt, il n’eut plus une seule larme dans tout le corps.