Ayant prononcé fièrement ces paroles, Claude s’éloigna sans détourner la tête ; car elle avait hâte de rassurer ses parents, follement inquiets des suites de son équipée.
Dès le lendemain, sa mère reprit ses lamentations et parla même de mettre sa fille au couvent pour l’empêcher de jouer avec les garçons. Comme la pauvre Claude était privée de ses livres, la situation lui apparaissait terrible. Elle ne put s’empêcher de songer à ce que lui avait dit l’Ermite. Sans parler à personne de sa rencontre, sans avoir l’air d’y toucher, elle recueillit des informations.
Voici ce qu’elle apprit. (Nous le donnons en bref. Le conte en est cependant bien beau ! mais il est difficile à dire tout au long devant les grandes personnes ; puis, enfin, nous n’en avons pas la permission.)
L’Ermite du bois était un bonhomme très vieux et très malin. Il vivait dans une grotte. Il y vivait seul, mais recevait souvent la visite des fées. Celles-ci lui apprenaient de grands secrets, tout en faisant sa cuisine et en raccommodant son linge. Pendant leur séjour dans la grotte, elles étaient femmes et même femmes de toute beauté. Mais personne ne pouvait jamais les apercevoir sous cette forme. En effet, dès qu’un visiteur approchait, elles devenaient bécasses ou grenouilles et disparaissaient : bécasses, elles s’envolaient parmi les branches ; grenouilles, elles dévalaient en sautant et se cachaient dans les marécages. La police en était pour ses frais.
Les fées, bien entendu, connaissaient toute la magie et la pratiquaient : c’était leur métier. Le vieil Ermite avait beaucoup appris en leur compagnie. Moins puissant que les fées, il était quand même, lui aussi, rudement fort.
Personne n’ignorait cela dans le pays. Claude elle-même l’aurait su depuis longtemps, si elle avait été un peu moins abrutie par ses lectures.
Dès qu’elle eut ces renseignements, elle pensa :
— Voilà mon affaire !
Sans tarder, elle se mit un peu de poudre et s’en alla trouver l’Ermite du bois.
L’Ermite était assis sur le seuil de la grotte. Sa blouse avait des taches, ainsi du reste que sa grande barbe qui était, en outre, fort emmêlée. Il avait l’air d’un vieux sale, parce que les fées avaient oublié de lui faire visite les jours précédents.