— Jurez de dire la vérité !
— Ça, non ! répondit Claude ; jamais de la vie !… Ce que vous me demandez là est tout à fait impossible !…
Elle se retira, sous les yeux de l’Ermite apitoyé.
Et, comme il n’y avait plus d’espoir, elle s’assit par terre et se mit à pleurer.
SUR LA POINTE DES PIEDS
On ne peut pas dire avec certitude en quel siècle il naquit. Il prit en effet la précaution d’arriver à l’improviste et sans témoins, dans un laps de temps d’une vingtaine d’heures, comprenant la soirée du 31 décembre 1900 et la nuit suivante.
Selon toute probabilité, il naquit d’une femme ; d’une femme jeune, de taille ordinaire, plutôt forte, qui se présenta, sur les deux heures de l’après-midi, à l’Hôtel de la Gare où elle fut immédiatement accueillie.
Quand le 1er janvier, à dix heures du matin, on découvrit l’enfant dans la chambre que venait de quitter la voyageuse il se trouva des malins pour prétendre que cette femme avait, dès l’abord, excité leur méfiance. Mensonge et vanité ! La femme paraissait forte pour son âge, c’est admis, mais cela ne prouvait rien contre elle ; il y a de petites bêtes très maigres qui ne sont point de tout repos.
Si quelqu’un avait éprouvé le besoin de se faire une opinion sur cette femme, lorsqu’elle arriva à l’hôtel, cette opinion aurait été banale, extrêmement. Une femme jeune, assez forte, avec un petit sac, un parapluie, un manteau gris ; une de celles dont on ne parle pas ; aussi vicieuse qu’une autre, sans doute, mais pas plus. Jusqu’à preuve du contraire, bien entendu.
On ne peut pas dire qu’elle se soit caché le visage ; la vérité, cependant, est qu’on le distingua mal ; car le temps était sombre et elle portait une voilette, comme tout le monde.