Et il s’en alla tout de suite chercher le médecin ; car, bien qu’il fût un très mauvais sujet, il n’avait pas un cœur de rocher, et cela l’ennuyait beaucoup de voir Dominique en cet état.
Le médecin vint le lendemain de grand matin. Il savait combattre les fluxions de poitrine, les fièvres et les coups de sang, mais il n’était pas adroit pour rajuster les membres. La vieille le regarda faire d’un œil malin et elle ne parla point. Au contraire, elle dit son mot huit jours plus tard quand, après le médecin, vint un vieux rebouteux qu’elle connaissait depuis longtemps :
— Laisse-moi ce petit tranquille ! cria-t-elle au rebouteux.
Mais le rebouteux voulait gagner sa pièce ; il fit ce qu’il put pendant que la vieille suppliait :
— Radoubez-le pas ! par pitié, radoubez-le pas !
Le rebouteux fit ce qu’il put et ce ne fut pas grand’chose. A son dire, il venait trop tard : le médecin avait tout gâté. Si bien que Dominique resta boiteux. Et la vieille de s’écrier :
— Tu es né sous la bonne étoile, petit gars ! Tu ne seras pas soldat… Tu n’iras pas à la guerre…
Dominique ne l’écouta pas plus que n’avaient fait les autres. On lui avait appris cependant qu’il faut toujours écouter les vieillards, mais il l’oubliait en ce moment parce qu’il avait d’autres idées. Il songeait à Mariette et il était bien ennuyé de rester boiteux. Même s’il eût écouté les paroles de la vieille, il ne se fût pas consolé ; en effet, cela ne l’avait jamais effrayé beaucoup d’être soldat ; Victor qui avait fait deux ans, — et quelques mois en surplus à cause de sa mauvaise conduite — ne se plaignait pas de son temps de service. Quant à la guerre !… Cette pauvre vieille perdait la tête…
Voilà comment raisonnaient les jeunes gens, autrefois ; et même les personnes mûres.
Or, Dominique marchait encore avec des béquilles lorsque les ennemis commencèrent la guerre !…