Camille comprit du premier coup. Il n’insista point. Par la suite, quand ses camarades voulurent encore le faire parler en leur nom, il s’effaça modestement.
— A vous l’honneur, chers amis !
Aussi, personne ne bougea plus. Il y eut cependant d’assez mauvais moments. Les camarades de Camille juraient entre leurs dents et leur mine s’allongeait. Camille jurait comme eux et même un peu plus parce qu’il cherchait à comprendre, ce qui le fatiguait beaucoup.
Le capitaine qui, sans doute, devinait tout ça, ripostait ferme.
— Bande de flemmards ! criait-il ; troupeau de goinfres ! je ne sais qui me retient de vous fourrer au bloc !
Personne, malheureusement, ne le retenait !
Parfois il parlait comme un régent de collège.
— Vous vous croyez peut-être en villégiature chez des amis ? détrompez-vous ! Le gouvernement vous paie pour que vous vous prépariez à la guerre. Or la guerre n’est pas une plaisanterie facile. Vous ne serez donc jamais assez rustiques, assez endurcis, assez disciplinés ; en un mot, vous ne serez jamais assez malheureux.
Et tous les jours, il répétait d’un air menaçant :
— Vous verrez ça quand vous ferez la guerre ! Quand vous serez dans une ville assiégée, il vous arrivera de le regretter, votre rata !