Comme il parlait seul, il semblait toujours avoir raison.
A la longue, Camille finissait par croire ce qu’on lui disait avec tant d’insistance. Quand il avait de sourdes révoltes, il en rougissait et il éprouvait des remords. Vers la fin de son temps de service, il était devenu docile comme un petit caniche, un peu moins gai qu’à sa sortie du collège et beaucoup plus abruti.
Or, à ce moment-là, alors que personne, au fond, n’y pensait sérieusement, misère de misère ! la guerre, tout à coup, éclata…
La guerre est une si sale chose qu’il faut être un peu dénaturé pour aimer à en parler longuement. Passons donc au plus court et disons que Camille fit son devoir comme les autres. Il ne se trouva point dans une ville assiégée et n’eut pas à ronger ses bottes. La nourriture, pourtant, ne fut pas toujours de premier choix ; surtout, les repas manquèrent de régularité : Camille en souffrit d’autant plus qu’il avait l’estomac délabré à la suite de tant de privations.
Il rencontra souvent des camarades qui n’avaient jamais vécu au collège ni même mangé à la gamelle, des garçons élevés à la diable par des parents sans souci. Ces camarades, néanmoins, se battaient bravement et le valaient bien.
Là-dessus, Camille faisait d’amères réflexions. Il baissait tristement la tête lorsque l’un de ces bons vivants disait :
— Je serai peut-être tué demain, mais bast ! si ma vie est courte, du moins, je n’aurai pas perdu mon temps !
— Moi aussi, pensait Camille, je serai sans doute tué demain, mais je n’aurai pas connu le goût des bonnes choses !
Il adressa à son père une lettre un peu rude pour lui demander de l’argent. Le père, vexé, envoya des remontrances et, néanmoins, pour finir, sa bénédiction.
Camille perdit encore un peu de sa gaieté, devint presque hargneux. Il supportait mal les privations ; quand la pitance était maigre ou de mauvaise qualité, il grognait. Alors, il y avait toujours par là quelque capitaine pour lui fermer la bouche.