Très embêté, il alla trouver un médecin qui avait sa confiance.

— Guérissez-moi bien vite ! dit Camille ; car je voudrais prendre du bon temps.

Le médecin le tripota consciencieusement, puis murmura :

— Ça sera long !

— Qu’est-ce donc qui sera long ? demanda Camille.

Le médecin le regarda dans les yeux.

— Vous êtes un homme, dit-il ; vous êtes même un héros ; on peut vous dire la vérité… Eh bien !… mon pauvre garçon, vous avez l’estomac fichu… Trop de soupers fins, trop de vins généreux… Que voulez-vous ! on ne fait pas impunément la noce ; les excès se paient un jour ou l’autre… Bref ! il n’y a pas trente-six façons d’y voir ; pour vous en tirer sans trop de souffrances, il vous faudra suivre pendant des années un régime sévère.

— Voyons ce régime ! balbutia Camille.

— C’est bien simple, répondit le médecin : Vie solitaire et tranquille… ni viande, ni poisson, ni vin, ni café, ni liqueurs… bouillon aux herbes, rigoureusement maigre, eau de Vichy, purées de pommes de terre et de haricots décortiqués.

Camille verdit, puis jaunit. Instantanément un flot de bile s’était mêlé à son sang.