Il ajouta en riant, sans ombre de méchanceté :
— Ainsi, votre nom est Duribouc ? c’est drôle !… moi je m’appelle Arrivé… ça vous étonne ?… Je ne suis pas pupille de l’Assistance… Ah ! pardon !… Je suis un blond aux yeux bleus. Du côté paternel, j’ai pour ancêtre un charpentier hollandais… Je ne vous dirai pas son nom, vous ne le retiendriez pas… Les Hollandais ont des noms à coucher dehors, des noms qu’un Français ne peut pas prononcer… Alors, quand mon ancêtre est arrivé au pays, quand il y est ar-ri-vé… Vous saisissez ? C’est rigolo, hein ?
— Oui, dit Isidore, c’est assez amusant… mais j’ai un rendez-vous important. Messieurs, veuillez m’excuser…
Il mit la corde entre les doigts de M. Pioutre et s’en alla bien vite. Il pensait :
— Je serai en retard pour le café au lait… Bon Dieu de bois ! Séraphine va m’en conter pour deux sous !
Et il n’en menait pas large.
Isidore se trompait. Séraphine ne lui conta rien du tout ce matin-là, du moins dans les formes ordinaires, pour la bonne raison qu’elle était partie. Cependant, elle avait eu la politesse d’expliquer sa conduite. Une lettre était posée sur la table de la salle à manger à côté du déjeuner refroidi. Isidore ouvrit cette lettre et lut :
« Monsieur,
« Ayant acquis de mes propres yeux la preuve de ce que je soupçonnais depuis longtemps, je pars ! Je me joins, à l’instant même, aux jeunes touristes qui vont aux Iles pour une excursion de deux jours. A l’heure où vous lirez ces lignes, je serai loin. J’espère que vous me saurez gré de vous laisser votre liberté, cette liberté que vous employez à des fins honteuses, mais sans doute profitables.
« Signé : Une malheureuse dont le cœur est brisé. »
La malheureuse avait ajouté en post-scriptum :