Rouge, en sueur, malgré le froid de cette lugubre soirée, Florentin tira sa fourche du fagot qu’il venait de mettre sur la charrette.

Par la cheintre qui commençait à s’assombrir, Séverin venait, lourdement chargé, patouillant dans la glaise détrempée. Il s’approcha à son tour, mit le manche de sa fourche à terre, puis, d’un rude effort, jeta par-dessus les ranches l’énorme botte de feuilles ; la tête des bœufs tressauta.

C’était le dernier fagot ; les deux hommes secouèrent leurs sabots et arrangèrent leur coiffure.

— Ça y est ! à la soupe ! dit Florentin.

Empoignant l’aiguillon, il piqua les bœufs et la charrette démarra.

Séverin demeura une minute pour former la barrière ; comme il se disposait à partir à son tour, une voix claire s’éleva derrière lui :

— Papa ! bonsoir !

Il se retourna. Louise était sur la route, mince silhouette brune que bombaient les poches gonflées d’un bissac. Séverin, d’un coup d’œil instinctif d’ancien cherche-pain, soupesa ce bissac ; cela devait faire six ou sept livres : bonne tournée, très bonne tournée.

Il vit aussi le sarrau mouillé, les pieds nus dans des sabots trop grands, les petites jambes violettes ; il gronda :

— Que fais-tu là ? Tu n’es pas encore rentrée !