— Non, répondit l’enfant ; j’ai fait tout un tour ; j’ai attendu plus de deux heures chez les métayers de Malitrou ; la femme n’y était pas.
— As-tu mangé ?
— Oui, j’ai mangé une pomme de terre chaude chez Pitaude et un grignon de miche que j’ai eu dans le bourg.
Elle s’arrêta de causer pour tousser d’une toux sèche qui la secouait toute.
Séverin se rapprocha d’elle. Il souffrait cruellement chaque fois qu’il voyait son enfant avec un bissac ; il ne s’habituait pas à la misère des siens ; il en avait honte. Quand Louise passait sur les routes à portée de sa vue, il baissait la tête et parlait à ses compagnons d’ouvrage pour détourner leur attention.
Mais ce soir il était seul avec elle et il y avait en lui une grande pitié.
Il se pencha, tâta le fichu mouillé et les menottes froides. Puis, comme la nuit venait, comme Florentin avait disparu au détour, comme il était bien sûr enfin de ne rencontrer personne, il prit la petite par la main, mit le bissac sur son épaule et le porta un bout de chemin. A l’échalier du Pâtis, il rendit le bissac et malgré ses hardes mouillées, il s’arrêta un moment pour suivre des yeux son enfant qui s’en allait en toussant dans le vent traître, entre les baies devenues farouches.
L’image de la défunte lui passa dans l’idée ; et il songea avec un atroce serrement de cœur au chagrin qu’elle aurait eu si elle avait vu cela.
CHAPITRE II
LES CHERCHE-PAIN
Louise mendiait franchement ; malgré l’aide des voisins, il avait bien fallu en venir là.