Mais peu à peu les prêtres étaient morts et les ouailles s’étaient dispersées.
Maintenant, après 120 ans, on ne trouvait plus guère de ces réfractaires, de ces « dissidents » que dans le Bocage Vendéen. Ils y formaient quelques îlots, battus, effrités, mais point encore submergés par la haute marée catholique.
Celui de Saint-Ambroise était le plus important et aussi le plus compact, le plus solide. Il comptait 1.500 dissidents.
Ils avaient tenu bon ceux-là parce qu’ils étaient nombreux et très serrés les uns contre les autres, aussi, parce qu’ils étaient soutenus par des protestants.
Encore une tribu résistante et tenace, ces protestants. Ils venaient des campagnes fontenaisiennes où leurs ancêtres avaient été parmi les premiers à recevoir la nouvelle calviniste. Ils avaient été nombreux dans ces temps lointains et tantôt égorgeurs féroces, tantôt brebis très dolentes. Ils avaient eu sous les rois grande somme de maux et la Chouannerie leur avait été aussi très chaude. Ils s’étaient cachés, dispersés et ils se retrouvaient là, un peu plus d’un millier, part dans la commune de Saint-Ambroise, part dans celles de Chantepie et de Château-Blanc.
Maintenant qu’on ne les poignait plus, ils se gringaçaient entre eux. Portés vers l’instruction, ils discutaient les idées nouvelles et aussi leurs croyances. Suivant, puis dépassant les pasteurs libéraux, beaucoup coulaient doucement vers l’irréligion. Mais d’autres, de temps en temps, sous on ne sait quel vent de mysticisme, rebroussaient chemin, revenaient à la raideur primitive, aux anathèmes, aux mortifications, aux textes de désespérance.
Ce pays était curieux avec ses deux temples rivaux, sa chapelle de dissidents et ses églises, carillonnant, orgueilleuses, à l’entour.
Les traditions les plus diverses se heurtaient là et, bien que les temps fussent changés, à de certaines heures la haine y brillait encore à flamme haute.
Le langage variait d’une porte à l’autre comme variait la façon de s’habiller, de se nourrir et de meubler sa maison, comme variaient les jeux, les chants, les divertissements de jeunesse.
Les Dissidents surtout excitaient la curiosité. Mais se sentant d’âme étrangère et craignant les moqueries, ils ne se livraient guère.