— Ce n’est pas ma faute, allez, mademoiselle ! il ne faudrait pas le croire… ce ne serait pas juste ! Si l’on m’avait écoutée, le malheur ne serait pas arrivé… Je n’ai pas de reproche à me faire… Cette petite, Mademoiselle, je l’aime bien… je ne peux pas vous dire combien je l’aime… On s’attache vite aux enfants, voyez-vous… Je suis contente que vous la preniez dans votre classe !… Vous veillerez sur elle… Qu’elle ne coure pas trop !… Elle a ce qu’il faut pour manger… Elle retiendra tout ce que vous voudrez lui apprendre ; elle est fine, c’est moi qui vous le dis… Elle sait lire déjà et elle écrit ! vous verrez comment elle écrit ! Moi, je ne suis pas savante, surtout pour le calcul ; sans cela je lui en aurais appris bien davantage… Elle vous aimera mademoiselle ; vous n’aurez pas besoin de la mettre en pénitence, croyez-moi ; d’ailleurs, avec elle ce ne serait pas la bonne manière… Et puis, ça pauvre qui n’a pas de mère…

Cinq ou six petites étaient venues du fond de la cour, l’œil rond et l’oreille au guet. Madeleine pleurait.

La demoiselle couvrait de baisers les menottes brûlées et pleurait aussi ; sur son visage blanc, de grosses larmes claires coulaient qu’elle n’essayait point de retenir. Elle dit :

— Vous pouvez être tranquille ; je veillerai sur elle… Je l’aimerai bien autant que les autres ! et sans doute même un peu plus !

Puis elle essuya ses yeux et son sourire revint :

— Il ne faut pas pleurer, dit-elle ; nous ne sommes pas raisonnables ! Ce n’est pas ainsi qu’on habitue les enfants.

Tournée vers la cour, elle appela :

— Jeanne ! Élise !

Deux jolies petites à mine futée accoururent.

— Vous voyez, c’est une nouvelle… Elle s’appelle Eulalie… Embrassez-la et prenez-la par la main… C’est cela !… Moi, je porterai le panier ; nous irons voir l’école et puis nous nous amuserons… Vous, dit-elle tout bas à Madeleine, il faut que vous vous en alliez… Au revoir !… Et soyez tranquille !