Le bruit des deux classes venait à elle, confusément. D’un côté, on entendait une sorte de murmure égal, un bourdonnement de voix discrètes. De l’autre, le petit ménage était plus bruyant ; des sabots claquaient, des boîtes tombaient ; des voix doucelettes chantaient l’alphabet sous la conduite d’une voix plus grave, mais jeune aussi et très flexible ; prestes, des volées de rire partaient.
— Elles n’ont pas de chagrin, les petites, pensait Madeleine. Pourvu qu’elles ne se moquent pas de Lalie ! C’est peut-être à cause d’elle qu’elles rient si souvent…
Elle se leva et vint s’asseoir juste devant la classe de la sous-maîtresse.
Passa un meunier qui était d’humeur faraude et qui se mit à plaisanter. Puis ce fut, conduisant une carriole, Bouju, cet ancien amoureux de Madeleine qui, naguère encore, l’avait priée honnêtement. Bouju arrêta sa bête pour donner le bonjour, puis il s’informa de la Clarandelle, de Tiennette, de toute la parenté.
Madeleine lui répondit vite et tout droit, en peu de mots. Elle s’impatientait parce qu’elle n’entendait plus le bruit de l’école.
Quand Bouju partit enfin, l’heure de la sortie avait sonné. Madeleine courut à la grille, mais la sous-maîtresse l’ayant aperçue vint rapidement au devant d’elle :
— Ne vous faites pas voir, chuchota-t-elle ; vous auriez mieux fait de partir… Cela va très bien ; je crois qu’elle sera facile à accoutumer. D’ailleurs, elle est grande déjà… Tenez, la voici là-bas… dans la ronde avec les autres… Mais, cachez-vous, je vous en prie !
Madeleine recula jusque sur la route. La demoiselle, tout de suite, s’en fut rejoindre les écolières et prit place dans la ronde à côté de Lalie.
— A toi, mignonne… à toi d’entrer… Qui embrasses-tu ?
Lalie s’approcha timidement et comme la demoiselle se baissait, elle lui sauta au cou.