En 1920, on tient plus simplement Madame Bovary pour un roman bourgeois, parce que nous avons décrété que tout roman dont l’action se passe hors de Paris, ou dont les protagonistes ne sont pas gens fréquentant les courses, les thés, les expositions, les cercles, les théâtres ou les dancings, est un roman bourgeois ou paysan. Comme, aussi, on entend « bourgeois » dans le sens de « provincial » cela donnera plus tard à penser qu’à notre époque il n’y avait à Paris ni bourgeois, ni paysans.

Injuste classification dont on pourrait n’avoir cure s’il n’en découlait de si injustes conséquences !

A moins d’un coup de chance, en effet, sur lequel il vaut mieux ne pas compter — qui se produit, néanmoins, de temps à autre — l’auteur pourra vainement se prévaloir de la probité qu’il a mise au service de son œuvre ; ses confrères — assurés de la valeur de son livre — pourront aider à sa venue, rien ne fera contre la décision que portent en eux ces trois mots : parisien, bourgeois, paysan.

Le roman parisien, c’est le roman qui doit être alerte, et toujours assez coquin.

Le roman bourgeois ou le roman paysan, c’est, au dire de l’éditeur, qui demeure dans son officine l’homme poli et de bonne compagnie qu’on rencontre dans les salons, l’œuvre forte, rude, honnête… Dans le secret de son entendement, c’est l’œuvre qui « n’est pas de vente ».

Il la renvoie à l’auteur avec des éloges, et beaucoup de regrets.

L’expérience a été faite maintes fois. Je puis dire, sans rabaisser les mérites de ce roman-ci, qu’elle a été renouvelée pour Nêne.

S’entendra-t-on, un jour, sur ce qu’il faut demander à un roman ?

Il ne s’agit pas plus de discuter la valeur du roman parisien que d’exalter celle du roman bourgeois ou du roman paysan. Si l’on admet que Bel Ami est un roman parisien, je dirai que le roman parisien est un genre où l’on rencontre autant de chefs d’œuvre que dans le genre roman bourgeois et roman paysan.

Il m’apparaît que l’on doit demander au roman d’être l’expression la plus approchée de la vie, qui est diverse, qui est colorée, ou qui est morne ; qui — selon le point de vue du spectateur — est tragique ou comique, qui est réconfortante ou décevante, mais qui se passe toujours dans des conditions fixées par le pays, par les mœurs et par le temps.