« La misère se concluant de la grandeur, et la grandeur de la misère… »

« Malgré la vue de toutes nos misères, qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève… »

« La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable… »

« Le christianisme est étrange ! Il ordonne à l’homme de reconnaître qu’il est vil, et même abominable, et lui ordonne de vouloir être semblable à Dieu… »

« La misère persuade le désespoir, l’orgueil persuade la présomption… »


Dans plus de cent passages, Pascal montre cet équilibre parfait du christianisme qui tient compte de tout, pèse tout, fait à tout sa part. Et quelle autre religion, en effet, pourrait expliquer l’homme tel qu’il est, dans sa servitude et dans sa liberté ? Les protestants ne voient que la grandeur infinie. Les musulmans ne voient que la misère infinie. Dieu est tout, l’homme n’est rien. Ni les uns ni les autres ne me rendent compte de tout ce complexe que je sens pourtant bien en moi. Et, en effet, sans la rédemption, tout est inexplicable.

En arrivant à Labbé, j’ai vu une immense plaine blanche, poudrée de clartés, et que ne revêtait nulle parure. Autour, il y avait des dunes de sable si fin, si fluide, qu’aucune herbe n’avait pu y pousser. Pourtant, il me sembla que sur les pentes de l’est, quelques plants d’« alfa » avaient réussi à s’accrocher. Il était deux heures de l’après-midi et nous marchions depuis le jour. Tandis que mes partisans montaient ma tente, dans ce grand silence que fait la fatigue humaine, il me sembla apercevoir, tout au fond de l’horizon, un chameau qui marchait vers nous. J’envoyai deux hommes. Au bout d’un instant, ils revinrent avec un méhariste du poste d’Atar qui m’apportait, dans cet enfer, des nouvelles de mon pays. Je passai donc mon après-midi à lire le paquet de lettres si longtemps attendu. Mais je n’éprouvai pas le plaisir que j’en escomptais…

Il faut venir ici pour pleurer au doux nom de la France. Les malheureux ! Ont-ils quelque sombre passion qui les guide dans la vie ? Vivent-ils seulement ? Pensent-ils aux grandes choses du monde, à la mort, au Paradis ? Pensent-ils aux anges du Ciel, à ces armées si nombreuses que nulle image humaine n’en peut donner l’idée, et qui viennent, par vagues pressées, contempler tour à tour le visage de Dieu ? Pensent-ils à l’Enfer, à ces cercles enroulés jusqu’au plus profond de la terre, que déchirent d’indicibles sanglots ? Pensent-ils à autre chose qu’à ce que voient leurs yeux, qu’à ce que sent leur cœur ? Mais ce sont d’honnêtes gens. Ils ont le goût délicat, l’esprit orné, l’amour des choses de l’intelligence… Oui, mais est-ce tout ? J’étais comme cela autrefois, et il me semble que ma vie était un désert, bien plus aride que celui que je traverse en ce moment.