A Erigi Abdaoua, quelques palmiers enserrent une belle nappe d’eau, surprise agréable à nos yeux. Ici encore, de nombreux Maures sont arrêtés par la sentinelle et conduits à ma tente. Voici deux Oulad Sassi, aux cheveux en désordre, aux yeux sauvages. Ils font paître leurs moutons non loin d’ici. Voici un Idaouali craintif. Il vient de toucher un cadeau du père de Bouna, pour les soins donnés au corps de son fils, tué récemment dans un combat…
Vers le soir, le soleil étant assez bas, nous nous remettons en route. A six heures, nous sommes sur une haute dune d’où nous apercevons, à quelques kilomètres, le Ksar d’Oujeft. Une heure après, nous étions tout près du Ksar, sur une dune blanche, où les bruits de la petite ville nous parvenaient, mystérieux et confus. Quelques vieilles femmes sont là. Un coup de fusil part : c’est un Smasside qui ne nous a pas reconnus et qui croit à l’arrivée d’un razzi.
Le chef, Ali Oued el Hoummoud, ne paraît point. Enfin le camp s’organise, après la confusion de cette arrivée nocturne. Et voici venir, le sourire à la bouche et faisant mille courbettes, le vieux bandit Ali. Mais je ne réponds pas à ses saluts empressés :
— Veux-tu me dire, Ali, pourquoi je ne t’ai pas vu dès mon arrivée ?
— Je croyais que tu t’étais arrêté au camp des Français (l’ancien camp établi en 1909 par le commandant Claudel). Et j’en viens, ayant appris là-bas ton heureuse venue.
— Eh bien, il faut, Ali, m’apporter immédiatement vingt moutons et cent mouds de dattes que je paierai bien.
Le vieux cheickh lève les bras au ciel :
— Vingt moutons ! Mais où les trouverai-je ? Tous mes moutons sont partis dans le Rhât. Quant aux dattes, tu peux faire fouiller tout le Ksar, et si tu en trouves, je veux que tu me coupes la tête.
— Je vais en effet envoyer des partisans. Prends garde à ta tête, Ali !
Le vieux, pris au mot, courbe la tête devant l’inexorable fatalité. Pourtant il se redresse. D’un geste, il écarte ses familiers et mes partisans accroupis autour de lui. Puis il me dit, penché vers moi :