La première, incurvée vers le sud-est, longeait le massif de l’Adrar et permettait d’utiliser de nombreux points d’eau déjà reconnus. L’autre, franchissant directement du nord au sud la distance qui sépare Tizégui de Bouaga, était dépourvue de puits et elle n’avait pas encore été parcourue. Les Regueïbat m’assurèrent que cette route présentait de bons pâturages, au lieu que la première était à ce moment à peu près dépourvue d’herbes.
Cette considération, jointe à l’intérêt que présentait un itinéraire nouveau, m’encouragea à délaisser la route du sud-est, et à gagner d’une seule traite Bouaga à travers le désert de l’Am Khacir.
Lorsque les deux sous-officiers qui m’accompagnaient connurent cette décision, ils vinrent me trouver et me représentèrent que le passage d’une aussi longue région sans eau n’irait pas sans difficultés, à cause du train de femmes et d’enfants qui nous suivait, et du peu de récipients d’eau dont nous disposions. Je les rassurai et fixai le départ au lendemain matin.
On commença d’abreuver les animaux et de remplir les peaux de bouc à huit heures du matin. Mais le débit des puits était si lent que ce travail n’était pas achevé le soir. Au milieu de la nuit, les Sénégalais et les Maures tiraient encore de l’eau. Fort heureusement, le premier quartier de la lune était assez avancé et une molle clarté enveloppait la terre.
Je ne pouvais détacher mes yeux du petit groupe que faisaient nos gens. Pour gagner du temps, un Maure était descendu au fond du puits et il remplissait à la main les sacs en peau de mouton, qui servent au désert à tirer l’eau. On entendait sa voix souterraine à laquelle répondaient les appels de ses camarades restés sur le sol. Les moutons, auprès des abreuvoirs en cuir, bêlaient et ils se pressaient et se battaient avec la tête.
Tout ainsi, la même nuit et la même lune étaient jadis sur Sichem :
« Les frères de Joseph allèrent à Sichem, pour y faire paître les troupeaux de leur père. Et Israël dit à Joseph : Vos frères font paître nos brebis dans le pays de Sichem ; venez, que je vous envoie vers eux. »
Et la même citerne était dans le même désert :
« Ruben les ayant entendus parler ainsi, tâchait de le tirer d’entre leurs mains, en disant : Ne lui ôtons point la vie. — Ne répandez point son sang, ajouta Ruben, mais jetez-le dans cette citerne qui est dans le désert… »