Je retombai, épuisé. Je sentais toute l’impuissance humaine, toute la misère qui est la nôtre. Le soleil était aux deux tiers de sa course. Un vent léger s’éleva. Nous entrions dans les grandes dunes de Mraleg, qui précèdent l’arrivée à Chingueti. « Allons ! me disais-je, courage ! Dieu aura pitié de nous. Il me permettra de recevoir Ses Sacrements, et alors tout s’éclairera, je saurai… Mon Dieu ! Que je suis heureux ! Que je suis heureux !… »
Nous passâmes auprès d’un troupeau de moutons que gardait un jeune homme. C’était la première figure humaine que nous croisions depuis notre départ. Il ne daigna même pas nous regarder. La dune s’abaissait, nous descendîmes dans un étroit couloir de sable et nous nous trouvâmes dans le « batha » de Chingueti. A notre droite, le Ksar dressait sa masse sombre, étalée sur la pente sablonneuse ; devant nous, nous apercevions le poste, la palmeraie. J’étais tout à la joie d’arriver, de voir des camarades. Rien ne restait en moi des pensées qui m’étaient venues durant la route. C’était exactement comme si rien ne s’était passé.
Le capitaine B. vint, le 6, me rejoindre à Chingueti. Nous avions reçu de nouvelles instructions. Les derniers événements du Maroc avaient fait mauvaise impression sur nos tribus. Dans l’Oued Noun, le fils de Ma el Aïnin, El Heyba, essayait avec l’aide du caïd de Talzeroit, de susciter un mouvement antifrançais. Les fractions teekna s’étaient dans ce but momentanément réconciliées. D’autre part, de nombreux Regueïbat étaient, en ces derniers temps, partis en dissidence, et avaient rejoint, au Nord de Smara, les Ouled Délim. Enfin, l’on craignait que la cession probable à l’Espagne de la côte, au nord du Rio de Oro, n’eût une répercussion fâcheuse sur les agissements des tribus de cette région sans cesse troublée. Les Maures paraissent, en effet, persuadés que les Espagnols n’auront pas les mêmes exigences que nous pour l’impôt. Le but est donc de répartir des forces méharistes assez importantes, dans la partie du désert qui s’étend au nord-ouest d’Atar. C’est là où nous devons nous rendre sans délai.
Sur la route d’Atar.
Marche, vieux voyageur, emplis tes poumons de l’air immaculé de la plaine, repose-toi dans la paix des soirs, et repars, dans les beaux matins, avec un cœur tout neuf, un cœur facile. Ne te fais point de soucis, ô voyageur ! Tandis que tu emplis tes yeux des beautés de la terre, et que tu chantes, au pas docile des méharas, et que tu continues ta bonne besogne humaine — le Seigneur, ton Dieu, marche auprès de toi. Il marche si doucement que tu ne l’entends même pas — et pourtant Il est là, et Il te protège, et Il te regarde de tout son amour, plus grand que le monde.
Non det in commotionem pedem tuum : neque dormitet qui custodit te.
« Il ne fera point chanceler ton pied, et Il ne dormira point, Celui qui te garde. »
Dominus custodit te, Dominus protectio tua, super manum dexteram tuam.