« Le Seigneur est Celui qui te garde, le Seigneur est ta protection, Il est à ta droite. »

Per diem sol non uret te, neque luna per noctem.

« Pendant le jour, le soleil ne te brûlera pas, ni la lune pendant la nuit. »

Dominus custodiat introitum tuum et exitum tuum : ex hoc nunc et usque in saeculum.

« Le Seigneur te gardera à ton entrée et à ta sortie, et pendant toute ta route, toute la longue, l’interminable route — depuis maintenant, jusque dans les siècles des siècles. »

CHAPITRE XI
CHAR ET MABROUK

« L’encre des savants est plus agréable à Dieu que le sang des martyrs. » Malheureuse race qui n’a pas compris ce que valait la goutte de sang d’un martyr, et combien elle pesait plus que tous les livres du monde, et que l’encre s’effacera, mais que la goutte de sang ne s’effacera pas !

Tous les parfums de l’Arabie n’effaceront pas une goutte de sang d’un martyr, mais la moindre pluie effacera toute l’encre de tous les livres.

Malheureuse race qui n’a pas reconnu le prix du Sacrifice, celui d’un frère pour ses frères, celui d’un homme pour les hommes, celui d’un Dieu pour les hommes ! Voilà ce qu’il en coûte de n’avoir point un Dieu qui ait connu la souffrance et qui soit mort sur une croix de bois. Lui, leur prophète, il n’est pas mort sur la Croix, mais ils savent ce que ça leur coûte maintenant, les malheureux ! Il est monté au ciel sur un beau cheval blanc qui s’appelait Bourak, et les Maures m’assurent que c’est sa route qu’on voit là-haut, cette voie lactée… Il est monté au ciel dans un grand piaffement, dans un envolement d’étoffes claires, comme un chevalier casqué qui s’apprête au tournoi. Mais la moindre goutte de sang aurait mieux valu. Toute cette envolée de rêve ne valait pas une vraie goutte de sang qui aurait coulé. Les malheureux, ils savent ce qu’il leur en coûte de n’avoir pas appris la valeur du Sacrifice, et de quel prix ils l’ont payée, cette encre des savants. Abandonnés de leur Dieu dans toute l’Afrique, bientôt, demain peut-être, dans toute l’Asie et dans l’Europe, ils pourront mesurer l’intérêt que produit sur le marché du monde la palme d’un martyr.

Nous valons mieux que ce que veulent faire de nous nos savants. Seulement, il faut aller un peu loin pour savoir ce que nous valons. Nos savants aussi voudraient que nous les préférions aux martyrs et aux héros. Mais nous ne marchons pas, nous flairons la mauvaise aventure, nous devinons la piperie. Pour moi, je préfère la goutte de sang de Violet à toute leur encre — à tout ce malhonnête usage qu’ils en font…