— Dieu est grand !

… Oh ! comme ce mot me fit du bien ! Je connaissais enfin que ma joie n’était pas la création d’un touriste en quête de sensations, ou l’illusion d’un civilisé. Lui aussi, le petit barbare, il frémissait devant la beauté des choses, et devant le soleil qui se levait, nous étions, lui et moi, le même homme.


Jéloua. — Je me suis arrêté longtemps dans le cimetière, et avec Sidia, j’ai déchiffré les inscriptions écrites en belles lettres arabes.

« Ci-gît Maryam, fille de Beyhé, fils d’Ali, fils d’Haybé, fils de Saké, fils d’Ali Nabi Ré, fils d’El Mahtav, fils d’Haybou. »

« Ci-gît Mohammed el Bokhary, fils d’El Filali, fils d’Ahmed Moskel, fils de Bari Kallah, fils de Bazeïd el Yakhouï, fils de Jaffria el Machoumihé. Que la bénédiction de Dieu soit sur lui ! »

Ce Jaffria el Machoumihé nous transporterait à peu près dans la première moitié du XVIIIe siècle. Mais il doit être en réalité beaucoup plus ancien, car les Maures, dans leurs généalogies, sautent volontiers des échelons et ne citent que les ancêtres dont le nom est illustre.

Ces cimetières maures sont toujours placés dans les endroits les plus arides et les plus désolés. Celui de Jéloua, dans son immense horizon de pierrailles, nous rappelle qu’il y a pourtant des hommes dans ces régions sinistres de l’Adrar Souttouf. Toutes ces tombes appartiennent aux Bari Kallah, tribu de marabouts qui furent autrefois de riches propriétaires d’animaux, et à qui l’on doit l’ouverture de la plupart des puits du Tiris et du Zemoul.

J’ai remarqué, parmi les pierres qui entourent les tumuli, des piquets de tente, des pilons, objets confiés à la garde des morts, car jamais un Musulman ne volera un objet laissé dans un cimetière.

Le 25, j’entrai avec mes compagnons dans l’Aguerguer, plat pays de cailloux blancs, de sables blancs, parsemé de dômes de sable étincelants. Nos chameaux y trouvaient à grand’peine un peu de nsid, un peu d’askaf sec. « O pays de clarté, pensais-je, pays faits à la gloire du soleil, pays faits à l’intention du soleil, solitudes troublées de loin en loin par le passage de quelques méharas ou la fuite d’un campement, quelle figure faisons-nous parmi toi ? Ce n’est pas sans raison que l’Islam a horreur de la représentation humaine. La terre aussi… »