— Eh quoi ! Pas un arbre ! dit-il, en mettant pied à terre et en jetant un regard circulaire sur l’horizon.
S. est tellement habitué à ce paysage inclément, qu’il semble tout surpris de l’exclamation du commandant.
Zoug, malgré son aridité, est cependant un point important. Sur les cartes par renseignements, qu’a dressées il y a bien longtemps M. Coppolani, Zoug figurait déjà en grosses lettres. Ce dut être de tout temps un lieu de rassemblement des tribus. Quand le capitaine B. et S. y vinrent pour la première fois, au début de 1911, ils y trouvèrent réunies de nombreuses tentes Regueïbat et Yaggout. Il y a des fractions qui restent ici toute l’année, et l’on peut évaluer à plusieurs dizaines de mille, le nombre des chameaux qui broutent en permanence les herbes de Zoug.
Le puits, dont nous sommes à une dizaine de kilomètres, a un débit extrêmement abondant. J’en trouve l’eau très agréable au goût, mais le Dr M., qui est venu ici peu de temps après le départ du commandant, pour soigner une épidémie de béribéri, trouve l’eau très légèrement salée. J’ai été bien souvent me promener à ce puits. A quelque heure que ce fût, j’y ai toujours trouvé des troupeaux en train de boire, ce qui atteste le grand nombre des chameaux qui vivent dans la région, en même temps que le fort débit du puits.
Dans la plaine, on ne trouve guère que cette petite plante piquante dont les chameaux sont si friands, le hâd. Les méharas la mangent toute l’année. C’est une herbe qui n’a pas de saison. J’ai vu des petites pousses de hâd vert, sortir du sable après deux jours de vent d’est brûlant — et il est de fait que le vent d’est, si fréquent dans ces régions, favorise la venue du hâd.
Un puits de débit sûr et du hâd, il n’en faut pas davantage ici, pour faire du plus pauvre endroit une sorte d’oasis où les campements se réfugient.
Les journées sont monotones, inemployées. Pourtant, elles passent vite et il est des fois où l’on regrette leur brièveté. Le temps est devenu très chaud. Il ne faut plus guère songer à aller chasser. Alors, on reste sous la tente, presque tout le jour. Des Maures viennent, et l’on cause. Ou bien l’on s’épuise en rêveries, qui s’énervent de ne pas aboutir. Mais ne valent-elles pas mieux que les leçons plus précises que je recevais jadis ?
Il ne s’agit pas ici, dans cette vie si simple, au milieu de cette nature si simple, d’un « retour à la simplicité ». Ce n’est pas l’enseignement que comportent ces paysages. On voit souvent ces expressions : « Le retour à la simplicité », « la naïveté des premiers âges ».
Quelle bonne histoire ! Ne sont-ce pas nos écrivains d’aujourd’hui, avec leurs trois ou quatre pauvres idées, nos faux savants qui, par la négation, ont éludé les grands problèmes, nos maîtres d’école, nos artistes, ne sont-ce pas tous ces barbares qui sont les vrais naïfs et les vrais simples ? Il faudrait s’entendre et savoir lequel est le simple et le naïf, de M. Durckheim ou de saint Thomas.