Nisi granun frumenti cadens in terram mortuum fuerit, Ipsum solum manet ; si autem mortuum fuerit, multum fructum affert (Jo., XII, 24-25).
Vos autem contristabimini, sed tristitia vestra vertetur in gaudium (Jo., XVI, 20).
Beati eritis cum vos oderint homines (Luc., VI, 22).
Sint lumbi vestri praecincti, et lucernae ardentes in manibus vestris (Luc., XII, 35). — Perfecti estote (1 Cor., XIV, 20).
Ces ordres terribles me revenaient à la mémoire, et je me disais que c’était Jésus — et Lui seul — qui avait donné de tels ordres. « Mourez à vous-mêmes, soyez humbles, perdez-vous dans mon amour… » Que sont les pauvres commandements « laïques » auprès de cette abondance spirituelle, de cette force souveraine, de cette plénitude qui s’exhale des moindres paroles de Jésus ? Et puis, je pensais à ceux qui avaient fidèlement exécuté ces ordres, je me tournais vers les Saints et les Bienheureux, et je ne pouvais pas nier qu’ils ne fussent les plus hauts exemplaires d’humanité, qui aient paru dans le monde. Alors, après les regards d’amour vers le Paradis, je ne pouvais pas penser que le désir des plus suaves vertus me fût à jamais interdit.
La religion qui proclame une telle morale, est-elle donc fausse ? Telle était la question que je devais me poser, telle était la deuxième démarche que je devais faire. Car, il y avait, à mon sens, tant d’intérêt à ce que Jésus et son Église eussent raison, qu’il était nécessaire d’y regarder à deux fois avant de proclamer leur fausseté. Non, la religion catholique n’était pas fausse. Sans doute, il y avait en elle des difficultés, mais aucune n’était insurmontable, et au contraire, si on les surmontait, tout apparaissait comme parfaitement beau et harmonieux, dans notre cœur comme dans notre esprit.
Supposons le problème résolu, me disais-je. Alors, nous avons un système du monde cohérent et magnifiquement ordonné, nous avons une morale que rien n’égale. Aussitôt, une lumière miraculeuse se distribue dans les coins et recoins les plus obscurs de notre âme. C’est donc que la solution est bonne.
Arrivé en ce point, que pouvais-je faire sinon bénir de toutes les forces de mon être, Celui qui avait daigné m’envoyer de tels avertissements ? Non seulement je Le bénissais, mais je bénissais aussi ma misère, puisque c’est au milieu d’elle que j’avais découvert les trésors infinis que recèlent les Évangiles.
« Vous êtes heureux, vous qui avez faim, parce que vous serez rassasiés. » Oui, Seigneur, je suis heureux, parce que j’ai faim, parce que je suis triste, parce que je suis solitaire et démuni. Mais lorsque j’aurai faim et que je serai triste, et que je serai solitaire pour l’amour de Vous, alors mon bonheur sera grand à en mourir. Toute cette faim-là et cette tristesse ne sont qu’une image de cette autre faim, de cette mortelle tristesse que Vous m’enverrez, Seigneur, puisque Vous me le promettez en ce moment même.
« Venez à moi, vous tous, qui peinez et êtes chargés d’un grand poids, car moi je vous soutiendrai. »